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Avis sur Once Upon a Time... in Hollywood

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Avec un titre pareil, le neuvième film de Quentin Tarantino, puisqu’il faut le nommer ainsi, en pointer nécessairement l’échéance fatidique jusqu’au dixième et ultime opus, dépasse les évidents hommages et remugles nostalgiques de toute une création cinématographique et télévisuelle propre aux studios hollywoodiens à la fin des années 60. Certes, les vieilles affiches pullulent sur les boulevards et dans les villas de Cielo Drive, et viennent témoigner de ce qui se faisait alors, de l’incroyable héritage qu’allait laisser une industrie en pleine mutation (le Nouvel Hollywood pointait déjà le bout de son nez) dans l’histoire du cinéma et surtout dans la tête de Tarantino, régurgité plus tard en films totems et nécrophiles.

Certes, les magnifiques devantures des cinémas à l’ancienne resplendissent, n’ont pas encore disparu au profit d’un Zara ou d’un restaurant à la mode, ou simplement abandonnées aux fissures et à la poussière. Certes, tout paraissait plus simple, plus cool, plus iconique, et le film pourrait se réduire aux hommages et aux remugles donc, mais ici on est dans le conte (Once upon a time, faut-il le rappeler), on est ailleurs, quelque part dans un rêve au ralenti, un rêve engourdi, celui de Tarantino qui imagine Hollywood à sa façon, le reconstruit à partir d’envies et de souvenirs d’enfance (le réalisateur avait six ans en 1969), de désirs et de soupirs (de plaisir comme de frustration).

Un conte où tout serait possible, convoquant figures et mythes d’un septième art révolu qui apparaissent tout à coup puis disparaissent aussi vite autour d’un événement-clé qui allait tout changer, mais qui n’arrivera pas (plus). Où l’on rencontre Steve McQueen à une fête à la Playboy Mansion, où Bruce Lee se fait remettre à sa place, où les petites filles viennent vous réconforter et vanter votre jeu au creux de l’oreille. Où un cascadeur qui ne sert plus à grand-chose, Cliff Booth, et un acteur qui périclite, Rick Dalton, obligé de jouer le bad guy de service dans des séries télé ou de cachetonner dans des westerns spaghetti en Italie, éradiquent soudain le "diable" venu entreprendre son funeste travail.

Où Sharon Tate échappe à la mort, où trois membres de la "famille" de Charles Manson s’en prennent plein la gueule (la scène est d’une brutalité inouïe, démesurée par rapport à la nonchalance, à la sobriété du film, et fonctionne quasi comme une récompense inutile, une friandise pour les fans de délires tarantinesques qui attendent leur dû de violence et de chair en bouillie, une oreille coupée, un gunfight sanglant ou que sais-je encore…), et trépassant comme trépasse Hitler dans Inglourious basterds : par transformation du réel. Les méchants meurent à la fin, que ce soient le grand méchant loup, la méchante fée ou la reine maléfique, Charles Watson, Patricia Krenwinkel et Susan Atkins, mais la vérité ramène inéluctablement, quand on ouvre les yeux, quand les lumières se rallument, la fiction au goût amer de l’Histoire, à ses terribles et indiscutables faits.

Derrière le songe d’un Hollywood d’avant où un casting royal (de rêve, évidemment) parade parmi les vestiges d’une époque, d’une ville et de ses légendes, où la reconstitution fait illusion et merveille, tout en ornements vintage, Tarantino prend son temps (un peu trop d’ailleurs, et même beaucoup, et son film n’est exempt ni de longueurs ni de digressions qui ne mènent à rien) pour évoquer un monde qui se bouleverse, une bulle qui se crève, et où il serait permis de croire à la puissance d’un cinéma qui l’emporterait sur la vie ("Je crois que le cinéma est une amélioration de la vie parce qu’il est extraordinaire : considérez le pouvoir qu’on a, lorsqu’on fait un film", disait Truffaut), mais un cinéma forcément trompeur. Tarantino ne filme rien d’autre in fine quand il filme Rick pénétrant chez les Polanski, accueilli les bras ouverts par Sharon, et comme pénétrant dans un monde de fantômes, un monde qui n’existe pas tel qu’Hollywood a su (et sait) en inventer.

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