"C'était la dernière séance..."

Avis sur Once Upon a Time... in Hollywood

Avatar Le MaSQuE -  Arthur Meurant
Critique publiée par le

Le cinéma ? C'est mort. Le nouvelle génération de réalisateurs ? Employés d'un complexe industriel. Artistes à vendre. Peu servi. Mint in box. L'avant-garde ? Politisée pour s'assurer d'être primée. Faut pas faire peur aux banquiers. Discours uniques. Films pathétiques. Longue exploration du correctement politique dans des produits financés avec vos impôts. Medium is message. Marvel. Disney. Star Wars. Star Trek. Brave. Stunning. Groundbreaking. L'histoire d'un public global pris en assaut par une propagande d'un nouveau genre. Streaming et fusions. Riefenstahl moins le style. Faites semblant d'être contents, les enfants, on voudrait pas devoir confisquer votre Nintendo Switch. Ou pire... activer le contrôle parental. Pas complice ? Pas grave. Rejoignez-nous sur les réseaux sociaux.

Mon dégoût progressif face au monde pourtant scintillant du cinéma résulte d'une exposition massive aux poisons écoulés dans les salles. J'ai passé entre deux et six heures chaque semaine pendant deux ans à subir la nouvelle gamme. Quel que soit l'écran l'on finit par se lasser des relectures caduques des classiques d'antan. La légende arthurienne d'opérette. Les sages mages aux lifts du visages. Les Spacey donneurs de leçon. Mégères mutilantes princesses des atlantes. Constante rotation du miroir aux alouettes. Toujours plus bête. Toujours plus nette. Elle est loin l'époque des fortes personnalités incapables d'être salariées forcées par leur nature bien humaine à bosser dans le domaine d'un cinéma ravi de capitaliser sur leur trajectoire de spectacles vivants par une société où aucune autre case ne leur convient. Tyrone Power. Marilyn Monroe. Steve McQueen. Greta Garbo. Humphrey Bogart. Ingrid Bergman. Le panthéon. Pour chaque nom une constellation. Maintenant... comparez la différence. Channing Tatum. Zendaya. Charlie Hunnam. Nathalie Portman. Tom Holland. Melissa McCarthy. Zéro personnalité. Pures créations de studios se demandant pourquoi leurs stars ne brillent plus au firmament.

Face à tout ceci Tarantino a fort à faire. Fera-t-il l'effort ? Faut voir. En tant que grand rescapé de la Weinstein Company ses jours sont comptés. Combien de films peut-on espérer que le fondu de film finisse avant de se prendre en pleine poire l'inévitable accident cardio-vasculaire que son régime rend plus plausible année après année ? Impossible à dire. Pensez-vous que sa nouvelle femme – sa cadette de quarante ans – le forcera à une hygiène digne de l**'IDF** ? Quentin vivra-t-il une renaissance tardive très basse en cholestérol ? Verra-t-il son gosse terminer l'école ? Installera-t-il enfin une console sous son écran 8K hors de prix ? Toutes ses réponses, et bien plus, après une page de publicité. Sony ! Oui, Sony ! Ne partez pas ! Saviez-vous que la compagnie responsable de Ghostbusters (2016) et de The Amazing Spider-Man 2 est encore active dans le domaine du cinéma ? Non ! Il est temps de s'en rendre compte avec Once Upon a Time in Hollywood ! Le nouveau film du réalisateur visionnaire – et si sexy – Quentin Tarantino !

L'homme réfléchit. Assembler une équipe de « stars » à partir du cheptel de top-modèles actuels – surtout ceux considérés comme viables d'un point de vue économique - revient à sélectionner une équipe de basket susceptible de faire face aux Chicago Bulls en recrutant tous ses talents en Europe. Vous aurez peut-être un ou deux athlètes corrects mais tenter de construire une team complète sera presque impossible. Alors, que faire ? Simple. Choisir des talents stables. Coacher leurs forces. Minimiser leurs faiblesses. Paul Heyman serait fier. Furent sélectionnés comme l'équivalent moderne de Robert Redford et Paul Newman : Leonardo DiCaprio et Brad Pitt. Abott & Costello étaient pas disponibles. Ils ont une excellente raison. Sont morts. Laurel & Hardy ? Aussi. Faudra donc se contenter des deux noms susmentionnés. Brad... est Brad. On lui demandera de perdre du gras malgré son âge canonique. Il prendra les suppléments. Fera parler la fonte. Aura l'air sympa. Les femmes seront folles. Leonardo, de son côté, faudra lui causer. Il n'est pas incompétent. Juste limité. Scorsese est passé par là. Il fallut un chantier pharaonique – et au moins deux films foirés par ses soins – pour arriver aussi loin. Puis, il m'aime bien se dit Quentin. J'lui donne l'impression d'être plus qu'un joli minois. Cela pourrait aller. Oh, et dans le rôle de Sharon Tate ? La fameux réalisateur se met à suer. Des femmes comme elle n'existent plus. Disons... Marbo Roggie ? C'est ça ? La blonde ? Longues jambes ? Très grande. Deux modes. Femme arriviste et fille cinglée ? Espérons qu'elle sache jouer une fille sympathique flower-power un peu tête en l'air. Ce serait la performance d'une vie. Surtout si on en croit son répertoire. Démerdez-vous pour qu'elle prenne des cours de danse, au fait, c'est les sixties. Pas de twerking. Pensez plutôt Batusi. Oui, Batusi. C'est la danse de Batman. Oui, Batman danse. Mais qui êtes-vous et que foutez-vous ici si vous connaissez pas les bases ? Cassez-vous ! J'ai pas le temps de vous éduquer ! Un cendrier presque vide s'écrase soudain sur un chambranle de porte. Effet garanti.

Hollywood. Il était une fois. L'histoire d'une ville aride construite à flanc de coteau. Son peuple intermittent. Rêves de Bunker Hill. Le grand panorama plat de l'imaginaire américain. Cieux bleus. Orangeraies et routes bitumées. Perdu au milieu d'une focale déréglée : Jake Cahill. Acteur autrefois prometteur détruit par des choix qui ne sont pas seulement les siens. Il aurait pu. Si on l'avait aidé. The Great Escape ? Presque. La petite lucarne ? Bien entendu. Faut bien que quelqu'un soit battu par les stars de demain. Demandez au King. Pas Presley. Plus Lawler. Pour que quelqu'un soit couronné il faut abattre les rois d'autrefois. Jerry vous le dira. Telle est la vie de Cahill. Vieux jeune premier. Futur also-ran. Potentiel sujet d'un livre d'Ellroy. Peut-on encore sauver sa vie ? Peut-être. Faudrait accepter de quitter les cachets coquets de la boite à publicité pour accepter d'être star au rabais dans le monde ibérique. Western spaghettis. Klaus Kinski lançant son regard fou. Gainsbourg en légionnaire. Franco Nero et son cercueil suspect. Toute une époque. Jake hésite. Les temps sont rudes mais le sont-ils à ce point ? Son étoile a-t-elle autant pâli ? Son cascadeur chômeur semble le penser. Aimerait bien enfin cachetonner. La vie est trop courte pour conduire la voiture d'un autre. Quelques mètres plus haut. La strate supérieure. Polanski et sa poulette. Une conquête spatiale : femmes aux trajectoires ascensionnelles et hommes de pouvoir. Subtil mélange. Sexe et amour. Pool-parties et petits chiens à frange. The Partridges vs. The Doors. Deux manières d'entrevoir la transcendance. Quatre vies appelées à s'entre-mêler dans un instant de tragédie.

Pas besoin d'être Mad Movies pour se rendre compte que l'histoire ici contée va au plus profond d'un monde épidermique. Exposé bienveillant d'une époque charnière entre la fin de notre société et sa chute annoncée. Hippies dans les rues. Magnats dans leurs manoirs. Combats sans classe. Seul lien avéré : l'imaginaire. Même chez les enfants de Manson. L'injection depuis lors massive de drogues dans toutes les strates de la société comme moteur de la paranoïa ambiante... et du fait que l'on puisse supporter ses causes sous-jacentes. Faut bien adoucir son époque. Quitte à se tuer au passage. La période ici présentée est plus proche d'Hitchcock que de Coppola. Propre. Nette. Dernier rempart d'une sécurité sans-doute illusoire. La carrière d'un homme comme articulation entre la fin de l'Âge d'Or d'une discipline et son Futur Incertain. Successions de concepts forts noyés dans l'art d'un dialoguiste spécialisé dans les images. Ses porte-paroles n'ont pas à rougir. Chaque instrument s'acquitte de son rôle. Brad... est Brad. Égal à lui-même mais contextualisé sous le signe du danger. Marbo se contente d'être belle de cette manière sans sex-appeal qui est la sienne. Elle a appris à danser comme l'époque l'exige. Quelques lignes livrées par l'accent de Boston que l'australienne considère américain. Pieds nus sur carpette sale. Style très Barbie. Les classiques. Ailleurs DiCaprio livre enfin la performance que les critiques prétendent entrevoir en lui depuis des décennies. Tour-à-tour vulnérable, inflexible, maléfique et toujours touchant l'homme démontre qu'il n'était pas juste un distant écho du jeune homme ayant sombré avec le Titanic. Quelque part en lui bat le cœur d'un acteur. Suffisait de le mettre dans le bon rôle. Celui d'un raté. Sublimation par le fond des insécurités d'une star au sommet d'une industrie. Le Golden Boy est enfin arrivé à vous faire sentir une émotion humaine. Il était temps.

Évitons de se perdre dans les révélations anecdotiques sur les détails d'un long-métrage appartenant à cette rare catégorie méritant d'être vue plus d'une fois dans les salles obscure. Tarantino signe ici le film de la rédemption. Les westerns gériatriques ? C'est fini. Il en garde juste les codes pour souligner la mort d'une époque. Un voyage trop court au pays du cinéma. En un instant... la lumière revient déjà. Et le film ? C'est terminé.

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