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Once Upon a Time... in Hollywood par XavierChan

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A l'ère du tout numérique, du streaming ultra HD 4K, Tarantino et selon lui encore quelques rares cinéastes en activité (dont Christopher Nolan) prônent l'utilisation du 35mm pour retranscrire leur propre vision d'un cinéma qu'ils adulent, fantasment depuis tout petits. Leonardo DiCaprio et Brad Pitt en plus d'une indécente galerie d'acteurs et de seconds couteaux formidables insufflent une dynamique incroyablement tenue sur près de 3h à cette oeuvre malicieuse, fantaisie mise sur pellicule et retranscrite par le prisme d'une Panavision qu'on croirait ressortie du grenier du DePalma de la fin des seventies, mais c'est bien cette dernière que l'on retiendra et qui te prouvera que le cinéma, putain, c'était quand même mieux avant.

Les néons aguicheurs d'enseignes pour bouffer sur le pouce, les carrosseries de pétoires paquebot reflétant les lumières rouges des feux de circulation, l'art du cool où insulter un flic ne t'envoyait pas cash au post, les fiestas hippies sur les upper hills d'Hollywood, on imaginerait presque Travolta sortir d'un bar dancing portant le perfecto ultime au détour d'un plan piqué chez un cinéaste adulé. Les nombreuses mises en abyme, les spots radio, les fausses affiches, les séquences de bagarre mal foutues, du pur cinéma de quartier. Croyez-le ou non, Tarantino cite encore Sergio Corbucci et Antonio Margheriti à l'approche de la seconde décennie. Il n'y a qu'à travers le regard encyclopédique, amoureux d'une certaine ère, d'une certaine époque que c'est encore possible aujourd'hui.

Il y a quelque chose d'obsédant dans Once Upon a Time...in Hollywood, quelque chose qu'on ne distinguait pas encore dans le cinéma foisonnant de Tarantino. L'empathie. Si la séquence animée de Kill Bill Vol.1 était à ce point déchirante, c'est qu'elle convoquait à la fois la perfection de l'animation des studios I.G, l'harmonica et le lyrisme vocal d'un morceau de la B.O du Grand Duel, en plus d'une violence sèche. Ici, l'émotion naît du regard de Tarantino sur ses losers. Les siens. Lorsque Dalton s'effondre parce qu'on lui a dit c'est bien gamin, ta prise était parfaite, ou qu'il dévaste sa loge parce qu'il n'a pas été capable d'assurer toutes ses répliques, cette star sur la pente descendante est en fait un type rongé par le doute off caméra et héroïque dans le petit écran. Quand au final, passant de l'ombre à la lumière des suites d'un fait divers carrément baroque, on croirait voir un gamin se présenter pour la première fois face à un producteur de cinéma lorsque Sharon Tate l'invite à venir passer la soirée à la villa pour lui présenter des amis du métier.

C'est cette tendresse qui dresse Once Upon a Time...in Hollywood en haut des grands films sur le cinéma. Et peu importe si finalement les enjeux sont fébriles, on décompte peut-être 3 à 4 scènes importantes durant tout le film, dont une au ranch de la Manson Family, sidérante de maîtrise du temps et de l'espace. Le film est rythmé par une peinture du quotidien, du mouvement, des allers et venues dans un Los Angeles hypnotique et idéalisé, où peut-être deux des dernières grandes stars d'Hollywood sont encore sur la case départ et attendent la lumière. Le personnage de Brad Pitt est un type moyen d'apparence mais d'une grande intelligence parce qu'il a de l'intuition et est aussi fidèle à Dalton que son molosse l'est avec lui. Tarantino préfère scruter par le biais de l'objectif vintage de sa Panavision la relation Cliff/Rick plutôt que la dramaturgie qui pourrait découler du massacre attendu. L'intelligence de Tarantino est d'annoncer le danger par l'intermédiaire de quelques rares séquences où l'ombre des filles de Manson plane sur Hollywood, mais le cinéaste préfère s'en désintéresser au profit de ses "icônes" et de leur médiocrité touchante.

Incarnée avec maestria par un casting de gueules, de grands noms, de seconds voire troisièmes couteaux de l'industrie, de jeunes espoirs déjà matures (sidérante Pumpkin Puss), cette lettre d'amour qui aurait bien pu être la dernière de Tarantino tant elle décrit sa vision fantasmée, idéaliste, utopique, infinie d'un certain âge d'or du cinéma mondial (il n'est pas question que d'Hollywood) est un grand film sensible, tenu, accompli et émouvant. Même s'il n'aura sans doute jamais l'étiquette de film culte comme tant espéré par ses fans à travers le monde, il représente à merveille l'état d'esprit de son auteur, le film qu'il a toujours voulu réaliser et exposer aux yeux de tous.

Peut-être pas sa toile la plus sophistiquée, mais d'un point de vue très personnel, sa plus touchante. Grand film.

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