Dragon Rising

Avis sur Only God Forgives

Avatar Jironimaux
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La division que provoquera (et provoque déjà !) Only God Forgives pourrait se résumer au mélange de huées et d'applaudissements rapportés lors de sa projection Cannoise. Pas vraiment très redondant ni particulièrement conformiste, Refn a tendu une nouvelle fois un piège à ceux attendant fermement ce qui semblait être un Drive Made in Thaïlande, incluant le retour de Ryan Gosling, de Cliff Martinez à la musique, et de cette esthétique hypnotique qui faisait le prix du précédent opus. Antithèse du faux polar mais vrai conte urbain qu'était Drive, Only God Forgives sabre les attentes, permettant une fois de plus à Refn de pratiquer recyclage thématique et de poser de nouveaux pions dans sa sphère filmique.

L'expérience est, il faut l'avouer, ensorcelante mais aussi particulièrement déroutante : on y retrouve l'abstraction de Valhalla Rising, qui délestait ces promesses d'aventures ; tout comme l'isolement des vikings, la mort d'un tortionnaire n'est que le prétexte à une spirale absurde de violence, telles des vignettes dégénérées creusant un peu plus la noirceur de l'âme humaine et de ses personnages en perdition. Le tout traversé par la silhouette d'un flic mystérieux, dont l'autorité quasi-divine lui fait rétablir la justice à coups de lame.

C'est le goût pour les règlements de compte véreux, où on se salit les mains à outrance, à quelques encablures de celles de Pusher. Si Drive fit autant impression, c'était sans conteste grâce à la manière avec laquelle Refn avait réussi à tendre une corde accessible au grand public : OGF, lui, livre une mécanique inverse, contemplant son action avec minutie et inquiétude, cisaille ses plans comme autant de tableaux. Si Drive se plaisait aussi dans l'apesanteur, OGF tient plutôt du cauchemar éveillé.

On se doutait que la Thaïlande allait si bien inspirer Refn, qui se plaît à filmer ruelles borgnes, bordels kitchs et rings saturés, qu'il métamorphose en tant de labyrinthes et de fantasmes électriques. Il est clair que son obsession pour les trips de Kenneth Anger persiste, ce qui n'empêche de faire OGF (et après Fear X) son film le plus Lynchien, maniant les silences troubles, la distanciation grotesque voire comique et le décalage cotonneux (karaoké impromptu ou séquences de rêves...).

Refn maltraite et vénère sa figure masculine, qui ne sait pas - comme toujours - gérer ses désirs et sa violence, opérant une symbolique de l'impuissance souvent plus qu'explicite (allant jusqu'à piétiner ouvertement l'aura et la beauté de son acteur principal). Un symbolisme de la virilité guère nouveau chez Refn, mais affiné et renouvelé par le personnage de Kristin Scott Thomas, cougar sanguinaire appelant à la tragédie grecque (rivalité entre frère, ombre oedipienne). Des symboles sans doute guère étrangers à la rencontre récente entre Refn et Jodorowsky, auquel le film est dédié ; les éclaboussures de sang se mêlant aux néons rouges, la figure de la "mother medusa" ou la rue filmée comme un songe imprévisible étant eux mêmes des pulsations qui hantait le fabuleux Santa Sangre. Inspiré et brûlant, Only God Forgives n'est pas foncièrement plus réussi que Drive certes, mais il prolonge sans problème la séduction...

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