Citation à disparaitre

Avis sur Only God Forgives

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Les citations sont tellement nombreuses dès le début du film qu’on sait très rapidement que l’on est en présence d’un recueil. Une anthologie.
Mes nombreux camarades, instruits, vous ont déjà fait l’article ici même. Pour résumer on peut juste dire que Kubrick et Lynch sont les deux principaux créateurs à qui Refn rend hommage.

Soyons clairs : la citation n’est pas en soit un vilain défaut, et tous les grands artistes ont d’abord savamment copiés avant de créer leur propre langage (précisons toutefois que la copie, comme tout autre domaine créatif, est soumise aux aléas du talent de celui qui procède).

Une fois la constatation faite, la question est rapidement de déterminer à quel niveau de citation on se situe. Près des trois quarts des scènes baignant dans un univers noir et rouge, on est d’abord agréablement surpris : Stendhal ! Mais immédiatement le doute suit : Jeanne Mas !
Bref, cela ne suffit pas. Continuons donc à étudier la question.

L'encatané* au katana
(*expression marseillaise)

A chaque film, le réalisateur danois creuse un peu plus le sillon de films caractérisés par deux éléments : une violence spectaculaire et un esthétisme marqué (mettant en scène un héros mutique qu’il ne faut pas chatouiller trop longtemps). Cet habillage fort est au service de scénarii relativement simples (…istes ?) qui peuvent, selon que l’on soit sensible ou non aux deux éléments pré-cités, séduire ou repousser.
La première partie de Valhalla rising m’avait enthousiasmé (en même temps, je suis extrêmement vulnérable face aux étendues désertes battues par les vents du nord) avant qu’une fin un peu inconsistante ne me refroidisse un tantinet (un comble, pour une histoire de Vikings).
Une ambiance prenante n’avait pas, à mes yeux, masqué une faiblesse scénaristique flagrante dans Drive.
Ce que je sais de Pusher et Bronson semble confirmer cette impression.

Dans «only god forgive», l’enrobage millimétré et hyper soigné n’ont pas suffit à me transporter dans un univers trop basique et outrancier, aux enjeux à la fois surfaits et nébuleux, étirant un peu trop quelques scènes complaisantes bien trop éloignées de l’idée que je me fais d’un cinéma adulte.
A vocation universelle ou de genre, celui-ci ne peut se passer d’une trame un peu plus humainement complexe que "tu le tues je te tues ah merde je suis mort". On n’arrive pas à s’attacher à qui que ce soit dans cette galerie morbide et froide de badass antipathiques, et le crescendo de violence spectaculaire avec lequel les uns et les autres disparaissent ne ressemble bientôt plus qu’à un catalogue un peu dégoutant car gratuit des 1001 façons de passer de vie à trépas.

Il me semble donc qu’il manque une chose pour que Nicolas Winding fasse un cinéma complet et potentiellement passionnant : embaucher un scénariste.

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