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Only God Forgives par Christine Deschamps

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Une merveille formelle à classer dans ma liste des repoussoirs absolus, aux côtés de La mort du cerf sacré ou de The Neon Demon. Vous voyez le genre : super stylé et chiatique en diable. On ne peut pas reprocher à l'auteur son manque de vision, ça non. Des couloirs écarlates, à mi-chemin entre le lupanar de luxe à la déco kitch et l'univers onirique de chez Ann Rice, des rues nocturnes tachées d'éclairages acidulés, des salles de karaoké aseptisées... tous les lieux sont remarquables, et remarquablement filmés. Les personnages s'y rendent sans jamais se déplacer : ils apparaissent là, immobiles, sans qu'on perçoive le moindre mouvement et les endroits défilent et se remplacent sans que la caméra bouge d'un iota, ce qui crée une sorte d'hallucination statique troublante, que les acteurs habitent, plantés comme des moaï. Très réussi et innovant. Comme le travail sur le son, particulièrement enveloppant et inquiétant. Je retiens ce sifflement aigu récurrent, quand le flic implacable sort son sabre de son fourreau, qui finit comme un acouphène. Bien aussi, ça. Mais il y a la violence, complaisante, étalée en tartines indigestes, malsaine à souhait, comme une verrue sur un visage de porcelaine. Elle fait écho au malaise des personnages, tous passablement perchés, bien sûr, consumés par leurs passions inavouables - vengeance, jalousie, Œdipe, impuissance, avidité... la liste est longue. Mais moi, perchée, je le suis nettement moins qu'eux, comme la plupart d'entre nous, et j'apprécie moyennement la contemplation des débordements sanglants des psychopathes dont on fait les héros de nos fictions. Parce que je considère la violence, la cruauté et le sadisme comme des faiblesses impardonnables, de celles dont il faut être complice pour qu'elles puissent s'exprimer sans entrave. Donc non seulement ça me navre, mais en plus ça me fâche. Car le cinéma qui met en scène ces exactions coupables est forcément frustrant : on ne peut que subir passivement les épanchements dégoulinants des autres. Pas très sain, tout ça. Sans compter que ça y est, je suis lassée de l'impavidité de Ryan Gosling. C'est un peu comme manger du poisson tous les vendredis... après quelques années, on a envie d'un bon bœuf bourguignon à l'orée du week-end.

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