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J’avais un copain, qui désormais est parti vivre en Nouvelle Calédonie, qui eut la bonté de me prêter la trilogie Pusher en DVD. Je précise qu’il vit en Nouvelle Calédonie mais ça n’a pas d’importance puisque je ne lui ai jamais rendu ses DVD. Mais pas parce qu’il a déménagé. C’est donc juste pour l’anecdote inutile classique. En fait, je ne lui ai pas rendu parce que je suis tombé amoureux. Oui. De Nicolas Winding Refn. Et forcément, en amour, les séparations font mal. Je me croyais alors protégé. Mais mon frère à fait la grave erreur de prêter les DVD à un de ses amis. Qui ne nous les a jamais rendus. Arroseur arrosé, juste retour des choses, justice divine, karma, bref tout ce que vous voulez, n’empêche que j’étais fort triste.

L’histoire a donc débuté avec Pusher. La trilogie enchainée en un après-midi et c’était le début d’une romance parfaite, sans faille. Un style, une esthétique qui m’ont fasciné et marqué pour toujours. Une brutalité, une rigueur, une sécheresse et un talent absolument séduisant. Que dire de la mise en scène de Bronson ? De la beauté des plans de Valhalla Rising-Le guerrier silencieux ? Et puis il y a eu Drive. Et là je fus plus embêté. Une photo superbe, une mise en scène excellente, une relecture du genre époustouflante, des plans parfaits, mais un film qui l’a malheureusement fait connaitre au grand public. Et c’est embêtant car l’essence même du réalisateur toujours en marge et au style particulier me semblait alors possiblement révolue. Alors oui, j’attendais énormément Only God Forgives, pour voir. Voir quoi ? Tout ! Allait-il céder et désormais se complaire dans un style plus « attendu » et servir désormais des films « grands publics » que tout le monde apprécierait ? Des films qui feraient la une de magazines ? Qui seraient sources d’articles totalement décalés par rapport au monde du réalisateur « C’est un peu violent, mais bon, Ryan Gosling est beau, et les histoires d’amour c’est bien ! Et Kavinsky fait la musique. Courez y, c’est un film ultra branché et plutôt simple à comprendre pour se détendre ! » ?

Alors pendant mes partiels (parce que les partiels c’est chiant) j’ai couru à la première séance. Et la flamme s’est ravivée ! Mon Nicolas était toujours là !

Ouverture et déjà le sourire jusqu’aux oreilles. Un plan d’une brutale beauté suave marqué par le plus beau rouge tranchant violemment avec un noir profond, le tout rudement cadré par un quadrilatère bestialement bien défini. Esthétique parfaite, je pars donc déjà sur la base de 6/10. NWR avait déclaré après Drive : « Mon prochain film ? Rouge, ça sera très rouge. ». Pour la franchise, un 7/10 ! La patte du réalisateur se retrouve bien entendu tout au long du film. N’imaginez pas que seul le début est une prouesse de mise en scène et d’esthétique. Les jeux d’ombres et lumières, les cadrages et les travellings parfaits parcourent entièrement l’heure et demie que dure le film. Véritable objet d’art, Only God Forgives est une toile magnifique qui repousse les limites de la plastique de la plupart des films. Sa force réside dans le fait que, que l’on apprécie ou pas le film, sur la forme, l’œuvre est absolument irréprochable et unique. Un objet cinématographique stylisé poussé dans les retranchements les plus profonds de la beauté la plus crue, abrupte et féroce.

Alors certes, le film est très joli mais cela ne servirait à rien si la précision et le talent que possède Nicolas Winding Refn pour la mise en scène ne venait s’ajouter au tableau. Précision, robustesse (mais aussi finesse), rudesse, rigueur, bref, le génie de NWR, livre alors un spectacle hors du commun. Ici, chaque plan est unique, recherché, travaillé et donc inoubliable. L’espace est approprié élégamment, les regards sont captés finement, les couleurs sont imprégnées expertement et chaque fragment transpire habilement une esthétique cohérente du début à la fin.

Le talent du maitre est indéniable et la réalisation est virtuose. La forme est solide mais qu’en est-il du fond ? Pour reprendre l’article là où nous l’avions laissé après moult digressions avec la citation de NWR, poursuivons l’interview ! « Mon prochain sera violent, très violent ». Transition parfaite.

En effet, la violence toujours et encore. Thème classique du réalisateur et perversement jouissant de le retrouver. Je disais transition parfaite car, toujours pour faire un lien avec ce qui a été précédemment dit et donné une continuité entrecoupée de circonvolutions ineptes et fadasses, la violence est esthétisée. On retrouve ici des « performers » de la violence. Chaque acte est réalisé avec le souci du détail et une conscience professionnelle. Les auteurs savent ce qu’ils font et maitrisent leurs agissements. C’est comme les gestes les plus simples. Allez au toilettes/sortez votre sabre. Buvez un verre d’eau/brisez le sur la tête de votre voisin. Tout est naturel. Personne ne tente d’être violent. Tout le monde l’est. C’est en chacun. Et il ne faut pas grand-chose pour laisser cette violence s’exprimer. On embrasse la violence, on vit avec, on l’exprime au quotidien.

Cette violence peut être brutale et visuelle mais aussi sournoise et impalpable. Ainsi Kristin Scott Thomas, nous livre un magnifique numéro de mère castratrice. On retrouve alors un Ryan Gosling piégé, impuissant, émasculé et sans ressources, que ça mère soit présente ou non. La frustration est lourde et dérangeante. Les rapports humains croulent sous le poids de la violence. NWR n’avait donc pas menti, 8/10.

La frustration, la violence et l’esthétique se retrouvent cristallisés lors d’une scène magnifique qui est la rencontre entre Ryan Gosling et Vithaya Pansringarm. Frustration, pour avoir désacralisé le mythe cogneur de Gosling dans Drive. Violence, car scène de combat. Esthétique pour la photo, les cadrages et la tenue de Gosling. Et cette scène permet d’aborder le point final : la musique. Bon, ce n’est pas Kavinsky, mais oui, il n’y a pas que Kavinsky qui sache faire de la musique. Absolument enivrante, parfaitement adaptée au film, elle le traverse et ajoute forcément une dernière couche de peinture irrésistible. On passe alors à 9/10 bien entendu.

Quel bilan dresser ? Une atmosphère unique, un style inégalable, une prise de risque maximum, une envie de faire du cinéma comme on le souhaite, une scène d’anthologie, bref un vrai film d’auteur ressemblant à son auteur et un pur objet de contemplation. Alors bon, pour le plaisir de retrouver NWR et pour avoir balayer d’un revers de manche tout ce qu’il a fait avec son précédent film et toutes mes inquiétudes (parce que je sais que ça lui importe beaucoup) on se lâche et on met un 10/10 pour un film qui ne plaira pas à tout le monde !

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Auteur : Paul
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