Billy et l'aut'

Avis sur Only God Forgives

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Billy et Julian sont deux frères américains qui trafiquent de la drogue en Thaïlande. Julian tient une salle de boxe et Billy fréquentent volontiers les prostituées, surtout mineures. Jusqu'à ce qu'il en tue une. Un policier du cru, aux méthodes pour le moins expéditives, pousse le père de la victime à tuer Billy. la mère arrive des USA pour organiser la vengeance.
C'est le deuxième film que je voie de Nicolas Winding Refn après Bronson, qui m'avait laissé une bonne impression par sa mise en scène décalée et inventive et son prodigieux interprète principal. Ici, ce n'est pas la même chose... Le film est une succession de plans colorés (oh ! la belle bleue ! la belle jaune ! label rouge !). On sent à chaque image que le cinéaste a soigné l'aspect visuel du film, les cadrages sont très travaillés, les mouvements de caméra ne sont pas hasardeux, loin de là. ça fait penser parfois au Kubrick de Shining ou Eyes Wide Shut ou à David Lynch.
Mais sans en avoir les qualités. à commencer par le récit. L'action part un peu dans tous les sens, on a l'impression que les plans ne se suivent pas. Peut-être y a-t-il des ellipses ou des flashbacks, je ne sais pas, mais il y a des moments où je me suis demandé ce que cette scène venait foutre là !
En fait, NWR a tellement travaillé sur l'aspect sensuel du film (couleurs, images, sons) qu'il en a oublié de raconter une histoire de façon à accrocher son spectateur. Jamais je ne suis entré dans le film, tenu éloigné par les différents filtres multicolores ou les délires visuels.
On sent que le cinéaste a voulu implanter une atmosphère onirique, quasiment cauchemardesque, d'où le rapprochement que j'ai effectué avec Lynch. Prenons par exemple la scène (au premier tiers du film environ) où Julian est attaché à une chaise ; on voit Maï se masturber; puis Julian n'est plus attaché et se fait couper la main, puis il est encore attaché, le tout dans une ambiance de boîte de nuit toute rouge. C'est bien mignon, mais là où le réalisateur de Mulholland Drive aurait implanté une angoisse terrible, un malaise quasi-insupportable chez son spectateur, ici, c'est vide. Aucune émotion, aucun sentiment. Tout est froid, vide.

Alors, que reste-t-il, une fois qu'on a compris que l'histoire (une vague histoire de vengeance, tout simplement), on pouvait s'asseoir dessus ? Des plans tellement colorés qu'ils en deviennent écœurants. Une excellente utilisation de la bande son, que ce soit la musique ou les bruitages (par exemple ce train qui passe et qui fait le même bruit que le sabre dégainé par Chang). Un personnage de méchant vraiment excellent (ce même Chang : je tiens à préciser, parce que tous les personnages sont des méchants, il n'y en a pas un pour relever le niveau). Julian aussi est un personnage assez sympa, complètement bouffé par un complexe d’œdipe pour une mère volontiers castratrice. La relation quasi-incestueuse mère-fils est assez bien foutue, d'ailleurs.
Mais ça dégouline d'auto-satisfaction (regardez-moi comme je filme bien) et ça devient vite chiant.

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