Nicolas Winding Refn est-il un cinéaste chrétien ?

Avis sur Only God Forgives

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Nicolas Winding Refn est-il un cinéaste chrétien ? On peut se poser la question, dès le titre, puis après une séance, d’Only God Forgives.

Car au-delà de la claque esthétique – le danois semblant vouloir faire toujours mieux que son précédent film – c’est bien la question que pose le film. Une interrogation, en forme de polar hard boiled hongkonguisant, sur l’homme sauvage, primitif, Ancien Testament, œil pour œil – dent pour dent, avant la révolution chrétienne du pardon.

Sur le papier, Only God Forgives n’est qu’une longue litanie de vengeances. C’est souvent ce quon reproche à Refn : une vision compassée et esthétisante de la violence. Pourtant, si cette thématique est au cœur des films du Danois (Pusher 1, 2 et 3, Bronson, Valhalla Rising (Le Guerrier Silencieux), Drive), il semble qu’il y ait toujours à matière à réfléchir. On est plus chez Scorsese que chez Jia Zhang Ke ou Millenium. Ici, la violence est bijective entre flics et voyous au cœur d’un Bangkok d’opéra. Tu tues une prostituée, le père te tue. Tu tues le père, car il a tué ton frère. Un flic te pourchasse ? Tu essaies de le tuer, et lui aussi. Ca serait presque drôle. Mais là où Refn devient intéressant, c’est sur la morale de l’histoire, comme toujours. Car la solution serait évidemment de pardonner, et de laisser faire la Loi, l’évolution majeure de nos sociétés depuis 10 000 ans. Passer de la violence au sacré. Résoudre les problèmes par l’intérêt général, c’est à dire la religion ou l’état, et pas par la violence. Laisser la société s’intermedier dans les conflits, quels qu’ils soient. Mais c’est impossible ici, entre une famille d’Abel et de Caïn pilotés au talion par une mère castratrice, dominatrice et incestueuse et un flic qui se rêve en Archange silencieux de la Vengeance. La seule solution, tout aussi archaïque, sera de se couper les mains pour s’empêcher d’agir.

L’auteur du Guerrier Silencieux met en scène ces vengeances sans fin dans une orgie de couleur. Ce qui serait pathétique dans n’importe quel autre film touche ici au sublime. Chambres rouges, visages bleus, yeux dorés, cigarette orange, tout est magnifique, du décor d’un bordel de luxe à la rue populaire de Bangkok. Le son, la musique de Cliff Martinez, étant, comme dans Drive, l’indispensable contrepoint de cette photo parfaite signée Larry Smith, le chef op’ d’Eyes Wide Shut. Pas un hasard qu’on pense pendant tout le film à la perfection formelle (et permanente) d’une Apocalypse Now ou d’un 2001.

Et les acteurs – certes hiératiques, certes désincarnés, certes réduits à des caricatures d’humanité – sont très bien, avec une mention particulière pour Kristin Scott Thomas, qui trouve enfin un rôle à sa mesure, c’est à dire à cent lieues de son personnage habituel de grande bourgeoise anglaise.

Ce choc esthétique finit par un symbole, le policier chantant sur scène devant ses équipiers. Une chanson sentimentale, d’amour et de beauté, tandis qu’un double noir, son ombre portée d’Ange de la M Mort fait de même.

La violence et l’amour, le pardon et la vengeance, la sentimental et l’implacable, réuni en une seule personne humaine.

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