Aussi beau et fragile qu'une fleur de lotus

Avis sur Only God Forgives

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La moiteur piquante s'imprègne de l'esprit vengeur qui aiguise sa lame tranchante et irrépressible. Le charme de la mort n'inspire plus la terreur avec ses nuances de gris sombres mais on y chancelle avec grâce, enveloppé de lianes avec des fleurs chatoyantes, jusqu'à un étouffement qui nous libère de la bassesse criminelle des êtres humains. Exercice de style prétentieux ou au contraire minimaliste ? Oeuvre grandiloquente appelant au pardon divin ou pensum modeste devant une justice immanente ? A vous de choisir selon vos sens, vos envies et vos goûts. Libre à vous de choisir quel chemin vous prendrez, entre l'attraction platonique de cet anti-héros pour cette élégante et timide danseuse thaï ou sa haine rentrée envers cette cougar acariâtre qui est sa mère, prétendant l'aimer et souhaitant incarner la justice suprême.

Je ne peux pas trop être objectif sur ce film, car des souvenirs nostalgiques de la Thaïlande me revenaient et me procuraient d'agréables sensations, malgré le rapport semi-colonial entre les occidentaux et les thaïs assez mis en avant dans cette histoire de violence, de sexe et de drogues, même si c'est sous-entendu et calfeutré avec des couleurs crémeuses et fondantes. Notre auteur aurait-il cédé à un exotisme un tantinet désuet à propos d'un pays duquel les réactions sont vives mais les déceptions, somme toute rares ?

Il est possible que l'auteur s'y est engouffré pleinement et a voulu l'esthétiser jusqu'à des extrémités où le dévoilement n'a plus sa place et les matières sont nues, la vie et le crime faciles. Mais le regard continue et rentre en lui-même, s'inverse et est capturé par tout ce qui l'entoure, piégé dans une voie de rédemption sur le chemin même de son ascension vers le crime, dans un double escalier où il se verrait lui-même descendre et monter les marches. Son regard est celui d'un occidental, quoiqu'on en dise, et pourtant, il est prêt à se bander les yeux pour écouter, respirer et toucher cette matière étrangère qu'il ne peut montrer aux autres qu'en surface, avec de grands aplats de couleurs qui nous couvriront toujours ses profondes intentions et rendront encore ses paroles muettes.

Ce film divise parce qu'il est justement tranché en deux tout du long, entre ce qui est à la surface et ce qui est en-dessous, et nous sommes tous déroutés par cette présence obscure qui nous dérange, nous envahit et nous dégoûte au plus profond de nous. Avec optimisme, le spectateur peut se dire qu'au moins Dieu lui pardonne. Ou ne pas sentir cette présence et tomber dans la facilité en se pardonnant soi-même, au risque d'accomplir soi-même le crime et oser un affront suicidaire avec le très-haut.

Sans nous donner la possibilité de juger après-coup, le film s'ouvre en se déchirant en deux et pose le choix entre la grâce ou la peine de mort. Et telle une jolie fleur de lotus trop exposée à la lumière, la jeune prostituée assassinée du début, répandant du liquide rouge sur son passage, qui, comme un développement de photo raté, s'assombrit et enveloppe tout jusqu'au néant de la justice divine immanente et aveugle, invisible et partout à la fois. Un film qui s'expose si vite à l'échec, ça ne pardonne pas même si c'est magnifique. Vous êtes séduit si, en tant que spectateur, vous seriez prêt à accepter le vide de ce regard inquisitoire, et éventuellement admirer votre propre mise à mort.

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