Le film où Ryan Golsing il parle encore moins que dans Drive.

Avis sur Only God Forgives

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Voilà que s'achève mon troisième film de Refn, en parfait équilibre entre les deux premiers visionnés que sont Drive et Le Guerrier silencieux, Valhalla Rising. Le réalisateur danois s'efforce encore ici de faire parler ses personnages sans qu'ils ne prononcent mot. Cette absence de dialogue combinée à une lumière crue, dont les sources sont la plupart du temps identifiables à l'écran, donne au film une allure de polar à la Melville. J'ai d'ailleurs retrouvé dans le non-jeu de Ryan Gosling ces tics si propre à Alain Delon dans Le Samouraï et plus tard Un flic.

Pourtant, à la différence de Melville qui privilégiait une atmosphère froide et métallique, celles des imper' trempés par la pluie et des néons de commissariat, Refn s'engouffre dans un rouge sang, plus proche dans sa symbolique d'un univers asiatique. Une mécanique de montage très étirée donne la part belle à des champs / contre-champs faussés dans leur raccord et un jeu de cadrage en ombres chinoises et percées dans le décors. Ces pores accentuent cette vision quasi-cyclique de la narration (que symbolise le long travelling circulaire au moment du combat) et d'un rapport au temps immuable très présent dans les religions et les cultures d'Asie du Sud-Est, le ying et le yang : la dualité entre Julian et le policier se révèle complémentarité. Peu importe leur trajet, ils reviennent forcément l'un à l'autre. Le montage elliptique permet également à Refn de prendre son temps et d'étirer chaque séquence jusqu'à son paroxysme ou au contraire de ramasser l'action dans le temps.

C'est ainsi que le passé, le futur, voire le rêve ou même le fantasme font irruption dans un réel aux limites floues. On peut citer les passages de karaoké qui brisent parfaitement la narration du film dans une suspention quasi-éthérée, ou encore les plans à la limite de l'abstraction du sabre s'abattant sur les bras tendus du personnage de Julian.

Si je salue plus haut les ellispes pour leur effet de crystallisation, elles me laissent parfois dubitatif quant à leur transition et leur nécessité réelle. La musique reste également assez plate et emphatique, essayant simplement de renforcer l'atmosphère à coup de synthé et d'instruments traditionnels thaïlandais qui tournent en boucle (on retrouve encore ici l'idée de cycle immuable). Un film plus qu'intéressant sur la forme donc, mais dont le fond éculé et trop peu approfondi renvoie pêle-mêle à des mythes fondateurs tel que celui d'Œdipe ou encore à une métaphysique de la croyance en une possible rédemption (d'où le titre du film).

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