Chroniques d'un désaste annoncé

Avis sur Onoda

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Comment aurions-nous réagi si on nous avait annoncé que le combat pour lequel nous nous battions depuis tant d'années était déjà résolu par 2 bombes atomiques ? Comment aurait-on vécu le fait d'avoir passé plus de la moitié de sa vie à défendre un idéal révolu, un ancien monde ? Et plus important peut-être, comment vivre suite à cette révélation ? C'est ce qu'a dû traverser Onoda, "dernier soldat japonais" de la Seconde Guerre Mondiale.

Avec Onoda, nous passons donc plus de 2 heures de notre vie avec un Robinson du vingtième siècle. Le protagoniste de ce récit n'accepte pas l'idée que la guerre est finie. Sur son île, avec une poignée d'hommes, il continue à monter la garde et à chasser les fermiers philippins.

Braqué, et fermé sur ses opinions, il le restera longtemps (durant 30 ans tout de même). Il recevra l'information, plusieurs fois, mais la niera en fabriquant un mensonge pour que son monde ne s'écroule pas. Une délégation composée d'un ancien soldat de son régiment, de son père et de son frère lui annonceront la nouvelle, via un mégaphone. Des années plus tard, Onoda et son second trouveront une radio et tenteront d'interpréter les signes de l'ennemi. Car les messages envoyés de l'extérieur ne peuvent être que malveillants. Jusqu'au bout, suite à un endoctrinement reçu lors de son éducation militaire, il tiendra bon, et n'écoutera que sa boussole morale interne.

2h45, c'est une belle longueur pour un film. Les choix du réalisateur laissent parfois pensifs. Les ellipses ne sont pas les mieux choisies. Il peut ainsi nous laisser gamberger 1h en racontant quelques jours ou semaines de cette vie, avant de balayer en un plan 15 ans d'existence insulaire. Lorsqu'enfin, Onoda semble prêt à accepter la réalité, les séquences ralentissent alors qu'elles auraient demandé une certaine accélération.

Pas de montage "classique" rapide où plusieurs années seraient racontées en musique, joies, pleurs et bonne ambiance. Le réalisateur veut qu'on ressente le temps long, qu'on éprouve la durée. Heureusement, les cadres ne sont pas fixes, immobiles. Il y a du mouvement, des plans serrés et larges, des corps qui bougent. Ils n'ont pas le choix, rester sur place, c'est mourir. Et nous tuer aussi, spectateurs.trices.

La jungle, la nature, la mousson font partie du film. La survie, durant ces terribles années, n'a pas dû être facile. Pourtant, même si je n'irai pas jusqu'à dire que je n'y ai pas "cru", j'ai senti que tout n'était que du cinéma. Dans La ligne rouge, la jungle nous observait autant qu'on observait la jungle. Que faisons-nous, ici, nous demandait Terrence Malick ? Ici, zéro remise en question. La jungle est un territoire à défendre, par une partie de Terre de laquelle il faut s'émerveiller.

Même si Onoda ne ressemble pas à un film de studio, et qu'il a probablement été tourné en extérieur (à vérifier ?), j'ai senti la reconstitution. Est-ce dans le visage des acteurs ? Seuls Onoda et son comparse vieillis me semblaient "juste" physiquement. Est-ce dans leurs corps, pas suffisamment maigres ? Dans les costumes ? Le manque de crasse, de boues, de larmes ? Oui, c'est ça, le film était trop "propre". La jungle paraîssait presque accueillante.

En fait, le plus gros souci du film, c'est l'idée du film en lui-même. Le programme est là : on va regarder 30 années d'un homme, convaincu que la Seconde Guerre Mondiale n'a pas encore eu lieu, attendant les ordres. On s'attend à ce qu'il va vivre, et on connait la fin de l'histoire. Dès lors, pourquoi expérimenter ce film ? Tout est dit dans le résumé. Au final, la musique, belle et lancinante, reste un peu en tête mais le film s'oublie vite.

Et c'est là qu'on en revient aux ellipses du réalisateur et à ses (mauvais) choix scénaristiques. Pourquoi ne pas avoir expliqué comment l'endoctrinement avait eu lieu, autrement que via une séquence d'introduction ? Pourquoi ne pas avoir mis en images un réel doute possible, une fracture théorique dans les idées d'Onoda, qu'il aurait eu seul ou avec ses hommes ? Pourquoi ne pas avoir vraiment montré le manque (sexuel, amical, amoureux), autrement que par un ou deux plans volés dont l'interprétation reste personnelle ? Et la folie, l'épuisement moral, où sont-ils ?

Pourquoi tant de rigidité, voire de "bêtise" ? Est-ce intéressant de filmer une telle absence d'ouverture critique vers le monde ? Et n'aurait-il pas été passionnant de raconter la suite, l'après-révélation ? Comment Onoda a-t-il vécu le reste de sa vie, en sachant qu'il venait de "se battre" durant 30 ans "pour rien" ? En sachant qu'il a tué et vu des soldats/amis mourir pour rien ? A-t-il seulement réussi "à vivre" ?

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