La Brutalité et la Beauté

Avis sur Orange mécanique

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L'homme est-il violent ? Il est une ORANGE parce qu'il est organique, vivant de par sa conception, son fonctionnement : il mange, il se reproduit comme les êtres vivants. Dans une interview, Anthony Burgess l'auteur du livre qui servit de base au film expliqua que l'Homme, depuis le péché originel, est pécheur, violent, anti-social mais que cela fait partie de sa nature. Les travaux de Konrad Lorenz, l'un des fondateurs de l'éthologie, confirment ce constat. Selon le scientifique, l'agressivité est un instinct fondamental chez tous les mammifères, Homme compris. Cette vision est à rapprocher de celle d'Octave Mirbeau qui le démontre dans le livre "le jardin des supplices" ou il force le trait nous prouvant en bon sophiste que l'Homme est un meurtrier et un tortionnaire. Cependant, il ajoute que le péché originel a été choisi par l'homme, et que cette nature violente de l'Homme est donc sa propre volonté. Kafka aussi dans "la colonie pénitentiaire" dénonce la torture et la cruauté des établissements carcéraux et de l'Homme à travers sa fable cruelle et absurde. Kubrick quant à lui, propose pour nous convaincre s'il en était encore besoin des scènes terribles de violences assumées, de viols sauvages en réunion ; magnifiées par la musique de Beethoven où dénaturées par le chant rageur et bestial de Malcom Mac Dowell ; et de meurtres divers. Notamment Alex (Malcom) toujours lui, au garde à vous si j'ose dire, assassinant une vieille femme en tenue de Yoga avec une sculpture de bite en bois. Bonjour le double symbole : La jeunesse écrasant la vieillesse et l'Homme tuant la Femme avec un sexe géant.

Alex/Malcom Mac Dowell : Son œil maquillé incarnation du chaos, son air provocateur et ce sourire indéfinissable grisé par le plaisir de la violence.

La volonté, c'est là où le bât blesse tuer ne se fait pas par nécessiter pire torturer se fait par plaisir ! Pourtant le choix, le libre-arbitre sont des qualités, des éléments positifs. Le choix permet à l'homme d'orienter sa propre vie, de faire des erreurs mais aussi de créer du beau, l'art... L'Homme est donc caractérisé par un tryptique : choix, violence et amour du beau. On retrouve ces trois éléments chez Alex. Cependant, il devient "MECANIQUE" lorsqu'on le prive de choix, donc de la possibilité d'être violent et également de cet amour pour le beau car il ne supporte plus la musique de son cher Beethoven. Il n'est plus un homme puisqu'il n'a plus ses trois caractéristiques. Il devient "machine", dans l'opposition à ce qui est organique. Le mot mécanique renvoie aussi à automate/robot, ce qui ajoute à la déshumanisation, au contrôle par le système caricatural du film. Un automate est contrôlé par quelqu'un, il est créé pour agir d'une façon prévue, comme Alex est contrôlé par le Gouvernement pour fuir la violence. Il est donc étonnant de constater que l'Homme n'est réellement Homme que lorsqu'il est violent, mais qu'il vaut mieux être ainsi qu'être mécanique, parce qu'être mécanique c'est ne plus être Homme.
La science peut elle venir au secours de la morale sans abîmer l'Homme ?
Le final est pessimiste puisque Alex se retrouve tabassé par ses anciens Droogies qui sont devenus flics. Ils n'ont pas changé leur comportement mais ils se sont adaptés au système et ont valorisé au mieux leurs penchants violents. Quant à notre héros, notre "humble narrateur et martyr" en bon hypocrite goguenard, il n’a renoncé ni à la violence, ni au sexe. Le nihilisme transpire, rien à espérer : c'est le Mur !

Malheureusement le conditionnement, la manipulation de l'humain par la psychologie comportementale dépeints par Burgess/Kubrick ont toujours existé. Ce sont des armes terribles utilisées actuellement par les fous du terrorisme religieux ou par tous les extrémistes intolérants. Bien sur pour établir un pouvoir sur les autres ils commencent par détruire la confiance que ceux-ci pourraient avoir en eux-mêmes.
Plus finement on peut apercevoir la manipulation/l'instrumentalisation dans tous les secteurs d'une société consumériste (publicité, jeux d'argent, Internet, système de valeur basé sur la carotte et le bâton...) qui, sur cette ligne, court à sa perte.

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Orange mécanique est une œuvre produite par Warner Bros©, découvrez la Room 237 de SensCritique.

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