Merveilleuse redécouverte

Avis sur Orfeu Negro

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À sa sortie, j’avais été émerveillé par ce film, ce déluge de couleurs, cette gaieté – y compris (et surtout ?) dans la misère -, ces filles ensorcelantes de beauté, surtout cette musique surprenante à mes oreilles occidentales, samba et bossa-nova, à ces joyaux dansés du Carnaval de Rio. En bon lycéen frotté aux Humanités grecques et latines, la transposition du mythe d’Orphée m’avait intéressé et j’étais sorti de la salle la tête toute bouleversée de rythmes et d’exotisme.

Revu, le film retrouve sa vraie place de bon spectacle expansif et souvent mièvre, bien plaisant toutefois, et je confirme que les filles étaient bien belles et souvent très sexy.

Pourtant le DVD paru dans la funeste collection "Ciné-Club" est en dessous de tout : je m’accommode encore d’une image et d’un son non retravaillés ; je veux bien admettre que le film soit seulement disponible en version française, même si dans les dialogues, on perd beaucoup de cette chaleur si typique et maintenant si connue du lusitano-brésilien.

Mais ce qui ne va plus du tout, c’est que les chansons, omniprésentes, sont chantées en français, avec des textes et des voix d’une indigence à faire pâlir. Quand Breno Mello entonne « Matin, fais lever le soleil » avec la voix d’un sous-André Claveau ou que Marpessa Dawn vocalise comme une divette de sous-préfecture, c’est intolérable…

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Et voilà que, par la grâce d’une édition enfin fidèle (c’est-à-dire en V.O.S.T.), Orfeu negro qui m’avait paru charmant mais mièvre et à qui j’avais mis un 4 de complaisance, en révérence à l’impression qu’enfant m’avait fait le film, voilà que j’ai passé un moment superbe, à m’enchanter de la musique prodigieuse de Antonio Carlos Jobim, de la frénésie de la foule brésilienne, de la beauté des filles (ô la sensualité de Mira (Lourdes de Oliveira), qui sera délaissée par Orphée (Breno Mello) pour Eurydice (Marpessa Dawn), ô Mira descendant en dansant les marches de la mairie où Orphée et elle viennent de déposer les bans de leur mariage ! un très grand moment !).

Je ne méconnais pas quelques balourdises de construction, le jeu des acteurs principaux, quand ils ne chantent ou ne dansent pas est discutable, et il y a, après la mort d’Eurydice, quelques longueurs jusqu’à ce qu’Orphée soit introduit dans une cérémonie de candomblé, étrange culte syncrétiste, qui fait de la transe sacrée un moyen d’atteindre l’au-delà…

Mais que d’images formidables par ailleurs ! De l’arrivée d’Eurydice à Rio qui se prépare fiévreusement à la fête, saisie en plongée du haut des gratte-ciel de la modernité aux séquences tragiques dans le dépôt des tramways, où elle est poursuivie par la Mort, séquences d’images de l’Enfer, dans de magnifiques tonalités rouge sang qui font songer que Mario Bava d’abord, puis Dario Argento ne peuvent pas ne pas s’être inspirés de l’éclairage de Marcel Camus ! Et puis le Carnaval, fastueux et étourdissant, sons, couleurs, ombres et lumières, danseurs animés par une sorte de ferveur sacrée…

Je songeais, d’ailleurs, en regardant cette étourdissante gaieté, qui éclate dès le générique, ce tourbillon de rythmes et de sourires, qu’au fur et à mesure qu’il entre dans la Modernité, produit de dégoûtants ersatz végétaux de pétrole et devient une puissance émergente, le Brésil quitte notre imaginaire et se banalise presque ; toute ma génération a été fascinée – et depuis Orfeu negro précisément sans doute – par Manaus la baroque, Sao Paulo la footballeuse, Rio la sensuelle (et même Brasilia la glaciale) ; fascinée par Vinicius de Moraes, Joao Gilberto, Baden-Powell, par Nazare Pereira ou Gail Costa… par des mélodies magnifiques et des cadences inouïes… En Europe, on avait l’impression que tout le monde dansait tout le temps et si ce n’était sûrement pas tout à fait vrai, on voyait encore dans le chef-d’œuvre de Philippe de Broca une de ces vitalités éblouissantes qui donnaient d’irrésistibles envie de partir…

Sûrement y avait-il moins de drogue et de violence, sûrement le pays était-il du tiers monde ; n’empêche qu’il était de ceux qui faisaient rêver les adolescents de la pâle Europe… Aujourd’hui, il est aussi enquiquinant que tous les pays du globe…

Revoyons Orfeu negro !

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