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Avis sur Orgueil et Préjugés

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Ce film de Joe Wright est au public féminin ce que Fast and furious est au sexe fort. Un spectacle fort bien calibré, de bout en bout adapté à flatter les inclinaisons naturelles (ou plutôt culturelles) du genre auquel il s'adresse. Pride and Prejudice est assurément – et mes éclaireurs les mieux bâtis et les plus pourvus me le pardonneront – un film de gonzesse.

Le cadre, celui de l'aristocratie anglaise du début du 19e, le microcosme social le plus délicieusement porté sur l'étiquette, et éminemment intéressant à ce titre, n'est pas à l'origine de ce trop-plein de sirop. Rien à reprocher non plus aux dialogues, adaptés du fameux roman de Jane Austen, et qui nous plongent dans un anglais racé, plein de sous-entendus. Je ne blâmerai pas non plus Wright pour sa réalisation : bien que trop évident dans son langage, le réalisateur fait montre d'une maitrise technique totale ; ses plans sont élégants, la lumière parfaitement gérée ; l'ensemble est porté par les moyens énormes que permet de mettre en place une superproduction.

Alors, que reprocher à ce film, à la fin ? Les plus anglophiles d'entre vous, à la lecture du titre de ce billet, l'aurons sûrement deviné ; son teint et ses allures prévisibles de jeune fille. Pride and Prejudice est une guimauve coulée dans un écrin plaqué or. Chaque regard est insupportablement appuyé, évident. Les quatre filles du docteur March... Je veux dire, les cinq filles de la famille Bennet hoquettent et rougissent à tout va, et l'ensemble du film, des personnages, de l'intrigue, est embaumé de cet air candide et nais : même le flegmatique et charismatique Donald Sutherland y va de sa petite larmichette attendrie en fin de métrage. Je n'ai pas lu le chef d'œuvre de Jane Austen, mais vu d'ici, il a la consistance et la densité psychologique d'un Barbara Cartland. Sans être au courant de l'intrigue, celle-ci est prévisible dès les premiers instants et la description du poids de la société, des mœurs, des convenances, si délicieusement subtils dans la littérature du 19e, s'efface ici pour laisser se déployer une bluette des plus habituelles : l'idéal romantique de l'amour contrarié, l'amour mêlé de haine, la pauvre Cendrillon pas comme les autres, le baiser final sur fond de coucher de soleil... Tous ces poncifs qui sont rejoués chaque année – avec moins de succès critique - dans toutes les comédies sentimentales que l'industrie américaine sait nous produire, avec certes moins d'ambition. L'ensemble du film peut être mis en abyme sur le visage cabotin de Keira Knightley dont on croirait, quand elle joue face caméra, qu'elle est à chaque instant en train de s'émouvoir devant la beauté de son propre visage.

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