Un western version SF, c'est finalement banal

Avis sur Outland... loin de la terre

Avatar Sébastien Decocq
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Depuis la création même du cinéma, la science-fiction a toujours été considérée comme un sous-genre. Une sorte de divertissement affichant clair et net son statut de série B et ce malgré quelques grands titres (Voyage sur la Lune, La Guerre des Mondes). Il aura fallu attendre La Planète des Singes, ainsi qu’un certain Stanley Kubrick et son 2001 : l’Odyssée de l’Espace (ces deux films étant sortis en 1968) pour que le septième art voie ce genre sous un autre angle. Donnant par la suite naissance à d’autres œuvres intemporelles durant les années 70-80, dont Star Wars et Alien. C’est dans ce contexte que le réalisateur Peter Hyams nous livrait Outland en 1981, un film de SF qui avait pour but d’adapter le western dans l’immensité de l’espace.

Attention, par western, il ne faut pas s’attendre à ce que le long-métrage propose tout un lot de cow-boys venus d’une autre galaxie ou bien encore des Peaux-Rouges chevauchant des fusées à réacteurs nucléaires. Non ! Si l’on peut considérer Outland comme un western, c’est qu’il en reprend simplement tous les codes. Reprenons chaque détail du scénario et vous comprendrez. Le lieu de l’histoire est une station minière bâtie sur une lune de Jupiter au beau milieu de nulle part, c’est le village américain planté en plein désert. Le héros est une sorte de marshal chargé de la sécurité des environs, c’est le shérif du bled paumé. Ce dernier doit affronter des dealers et une hiérarchie qui ne pense qu’au profit, c’est le héros qui doit faire face aux bandits de grands chemins et aux hommes politiques corrompus qui régissent la ville. Des exemples de la sorte, nous pouvons en donner encore à la pelle. Mais le plus flagrant sera, sans l’ombre d’un doute, le personnage principal, héros solitaire, qui doit affronter l’ennemi par principe et moralité.

Alors maintenant, imaginez tout cela avec un Sean Connery qui s’est investit dans le projet, au point de retoucher lui-même le script en ce qui concerne son rôle, pour le rendre bien plus complexe et attachant qu’au départ. Avec un petit budget de 16 millions de dollars qui n’empêche pas de livrer aux spectateurs des décors intérieurs réalistes, des costumes hautement crédibles et des maquettes en guise de décors fort honorables. Avec la participation musicale de Jerry Goldsmith, qui a déjà travaillé sur d’autres grands films de la science-fiction (dont La Planète des Singes et Alien). Sans oublier le scénario lui-même, qui se présente à nous telle une enquête policière qui capte sans mal l’attention pour dériver peu à peu vers le règlement de compte prenant et donc efficace. Bref, Outland avait de quoi séduire !

Pourtant, malgré son capital sympathie et son objectif atteint (celui de divertir), le long-métrage de Peter Hyams loupe une marche. Celle qui aurait pu faire entrer Outland dans l’histoire du cinéma et qui lui aurait évité un échec commercial (et un peu critique, aussi) cuisant. La marche de l’originalité. Car, si Outland se déroule dans l’espace, avec son lot de décors, de costumes et une ambiance purement SF, le film ne sort jamais de l’ordinaire. Et ce à cause principalement de trois choses. La première provient de l’intrigue même, qui se suit comme une enquête sur une affaire de drogue. Une trame que nous pouvons voir ailleurs, dans n’importe quel polar ou série policière, alors qu’ici, il y avait de quoi creuser au niveau de l’univers présenté (politique, industrie…) ou bien des protagonistes secondaires (ici inexistants) pour en faire une œuvre d’anticipation. La seconde, des décors principalement composés de tuyauteries ou de sas aux couleurs clairs, que l’on croirait tout droit sortis de films antérieurs, notamment Alien. Et enfin, et c’est la plus flagrante, l’histoire d’Outland s’inspire à outrance du western culte Le train sifflera trois fois, en organisant son dénouement de la même façon : le héros devant faire face seul, personnes ne voulant l’aider, à des meurtriers venus exprès dans les environs, par le biais d’une navette (ce qui a laissé le temps au personnage principal de préparer sa défense), pour l’éliminer. Beaucoup de remarques qui sautent aux yeux et qui rendent le film banal au possible, alors qu’il pouvait se permettre d’offrir bien plus.

En soi, Outland n’est pas un mauvais film, loin de là ! Ses qualités apparaissent sans mal à l’écran, et le plaisir de le regarder répond bien présent. Mais son manque d’originalité pourtant nécessaire à ce genre de film gâche un peu le plaisir, ne rendant l’ensemble que trop peu intrigant. Dès lors, après le visionnage, il est plus compréhensible de voir que ce long-métrage n’ait pas franchement marqué les esprits : Outland, vous l’oublierez très vite après l’avoir regardé !

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