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J'ai toujours eu un problème avec le cinéma français des années 30-40. Il y a eu des films qui m'ont bien plu mais je ne me souviens pas qu'il y en ait un qui m'ait asséné un beau petit coup de poing en pleine tronche. La chose fut faite avec "Panique". Titre simple mais oh combien explicite sur l'histoire d'un marginal ne suscitant que le mépris chez les gens à cause de son mode de vie différent. Anticonformiste, casanier et asocial, il n'en est pour autant pas méchant avec autrui. Il fuit juste la foule, préférant la tranquillité et la sagesse d'esprit, ce qui ne l'empêche pas de s'abandonner parfois dans la liesse populaire mais toujours avec une distanciation morale. Julien Duvivier va illustrer à l'écran le célèbre proverbe : "L'habit ne fait pas le moine", en plus d'attaquer avec virulence les injustices sociales et le bellicisme de la masse. Bref, il ne faudra pas s'attendre à un film psychologiquement agréable. Son héros, Monsieur Hire, est victime de ses choix de vie et sa rencontre avec une femme qu'il finit par aimer va précipiter indirectement sa chute. Celle-ci est parfaitement bien développée entre vamp impitoyable et être fragile tiraillé par l'incertitude, ne sachant quoi faire car elle est au fond d'une impasse, sous l'emprise de son homme criminel.

Julien Duvivier ne s'embarque pas sur de la tyrannie constante que subit Hire de Monsieur et Madame tout le monde mais plutôt sur une consternation à moitié dissimulée, une volonté d'éviter cet homme qui n'a pas la moindre once de mal en lui. Ce n'est que lors de l'aboutissement de la machination que l'étincelle mettra le feu aux poudres. Quelque part, si on a lu le livre très connu "La Psychologie des Foules" de Gustave Le Bon, on repense à cette partie sur l'annihilation de l'intelligence individuelle au profit d'une aliénation collective. Chaque rouage du peuple perd par sa propre volonté mais aussi l'influence de son environnement ses facultés de raisonnement pour adopter un comportement primaire. Un comportement qui s'observe encore de nos jours et continuera à s'observer car telle est la nature humaine. Ainsi, outre la violence gratuite, le peuple en colère se caractérise par son imbécilité à croire les ragots et à ne retenir que les informations parcellaires qui l'arrange. "Panique" interroge et dérange en filmant la cruauté innée chez certains qu'ils disséminent comme de la fumée dans le coeur des esprits facilement influençables.

Certes, si on ne peut cacher une sur-explication parfois un peu trop lourde, le propos n'en est pas moins juste et tape dans le mille à l'instar d'une photographie impeccable en tout point avec une influence, comme certains l'ont décrit, expressionniste. On apprécie beaucoup ces allées et venues entre journée et soirée car chacun de ces moments nous font transiter entre deux esthétiques tantôt éblouissantes, tantôt très sombres. Enfin, on est subjugué par une Viviane Romance à la fois tendre et repoussante par son attitude et un Michel Simon qui ne récolte de nous que l'empathie la plus sincère. "Panique", un titre pas assez connu qui mérite le détour et rappelle indéniablement le chef-d'oeuvre "Furie" de Fritz Lang.

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8
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