Comment rire sous l'Occupation

Avis sur Papy fait de la résistance

Avatar Alexandre Katenidis
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Dans cette nouvelle comédie ici consacrée à la Résistance et à l’occupation, le cinéaste s’entoure une nouvelle fois de l’équipe du Splendid, cette collaboration ayant été éprouvée avec succès pour Le Père Noël est une ordure, Jacqueline Maillan et Michel Galabru, piliers du cinéma humoristique, venant ici en renfort.
La famille Bourdelle gravite autour de la vie artistique d’une grande cantatrice, Hélène, dite Mamina (Jacqueline Maillan), et dont l’époux est engagé dans la Résistance, pour rapidement mourir dans un ballot accident de dégoupillage de grenade (Jean Carmet). Leur hôtel particulier étant en partie réquisitionné par l’armée allemande au profil du général Spontz, finalement plus coopérant que prévu (M. Roland Giraud), Mamina est contrainte de cohabiter à l’étroit chez elle, en compagnie de son père, Jean-Robert, appelé Papy (Michel Galabru), Bernadette, sa fille résistante (Mme Dominique Lavanant), Guy-Hubert, son fils coiffeur homosexuel, officiellement pro-allemand pour masquer son identité secrète de Super-Résistant (M. Martin Lamotte), et le compagnon de Bernadette, Michel Taupin, professeur de lettres classiques, à qui il arrive moult péripéties (M. Christian Clavier). Spontz se veut cordial et se montre même attiré par Bernadette qui finit par tomber sous le charme, malgré son engagement dans la Résistance, alors qu’un ancien concierge devenu collaborateur zélé de la Gestapo, l’infect Ramirez (M. Gérard Jugnot), veut faire payer aux Bourdelle leur apparente arrogance. Ces derniers se voient contraints de recevoir le demi-frère d’Adolf Hitler, le Reichminister Ludwig von Apfelstudel (Jacques Villeret), aussi peu vaillant que son titre est illustre. Tout est bien qui finit bien, grâce à une série de rebondissements aussi burlesques qu’incongrus dans un cadre a priori dramatique. Le film se termine par un débat, dont ce qui précède relèverait du documentaire, autour de M. Alain Jérôme, journaliste dans la vraie vie, dans le cadre de sa célèbre émission Les Dossiers de l’écran.
Rien d’irrévérencieux ne figure dans ce film, qui souligne tout de même la difficulté a priori de rire du pire et de remettre sur le tapis un débat fondé sur le tapis. L’humour constituerait un instrument admissible, plus simple, pour en traiter. L’ambivalence montre que rien n’est totalement noir ou blanc, à toute époque, les gags et comiques de situation permettant d’en prendre conscience avec légèreté.
S’il paraît difficile de rire du pire et des périodes-tabous de l’histoire de son pays, l’humour paraît l’outil le moins brusque pour les évoquer, au point que ce film est devenu culte, alors qu’il reste délicat d’analyser l’occupation sans trop de heurts, douleurs ou auto-flagellation. Ce pari risqué est donc réussi.
Les ingrédients de cette recette-miracle s’avèrent constitués d’un distribution chorale, qu’apprécie bien le cinéaste, d’un comique de répétition et de situations d’un incongru burlesque employés à répétition, de réparties et d’échanges tout aussi nombreux et une pincée de mauvais goût assumé. Les personnages sont montrés truculents et hauts en couleur, notamment la Bourdelle, Super-Résistant, Ramirez et le général Spontz. Ce rythme effréné permet de prendre conscience qu’il s’agit surtout d’une comédie destinée à divertir, bien qu’elle évoque la difficulté d’aborder en face les heures sombres. Rien n’est donc vain ici.

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