Formation en 4/4/2

Avis sur Parasite

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D’un côté ils sont 4 à vivre sous-terre dans le savant bazar d’un appartement exigu et encombré: le père est lâche, la mère violente, le fils effacé mais pas bête, et la fille dégourdie.
De l’autre côté du miroir ils sont aussi 4, à vivre dans les hauteurs, dans le vide d’une maison d’architecte magnifiquement et froidement rangée: un père dominateur mais absent, une mère physiquement présente mais mentalement absente, un garçon turbulent, une fille rêveuse.
Chaque personnage trouve son exact opposé dans l’autre, et pourtant la façon dont on nous les présente n’a rien de mécanique, il faut avancer dans le film pour se rendre compte de ce parallèle, pour percevoir qu’il n’y a pas que la maison qui suit un schéma millimétré.

Ces deux équipes vont longtemps jouer aux vases communicants: l’argent ruisselant doucement du haut vers le bas sans pour autant créer un vrai rapprochement humain.
Et puis enfin il y a comme dans toute bonne équation, l’inconnue. Une inconnue à deux têtes, qu’on découvre en milieu de partie et qui vient servir de déclencheur aux événements finaux.

Évidemment, le jeu pour le spectateur consiste à identifier le parasite, et à comprendre peu à peu que chacun l’est à sa façon. On appréciera que la dichotomie gentils pauvres/méchants riches ne soit pas tranchée, et qu’on se souvienne en cours de route qu’il suffit d’avoir du pouvoir pour en abuser, pour vouloir le garder jalousement, pour devenir ce qu’on haïssait avant d’y avoir goûté.

Le scénario de parasite est un plaisir à dérouler: il serait facile- et réducteur - de le résumer en une seule phrase alors qu’en le découvrant on passe par tellement d’états qu’on est surpris à chaque nouveau virage de ne pas avoir su l’anticiper.

Tout est fluide, et pourtant l’absurde succède à l’inconcevable, et on apprécie le talent du conteur qui joue avec nos émotions, qui semble opter pour un registre et l’instant d’après exécute une pirouette vers autre chose. Bong Joon Ho virevolte et nous entraîne dans son univers: on irait bien nous aussi visiter cette belle maison, et puis finalement peut-être pas.

Parasite présente l’avantage d’être compréhensible quasi immédiatement: pas besoin de le décortiquer pour avoir l’impression de saisir l’essentiel de cette lutte des classes.
Et pourtant plus on y réfléchit plus on trouve d’éléments nouveaux, de détails qui nous avaient échappé, plus on a envie de le revoir pour capter ce qui était sous nos yeux depuis le début.
On comprend bien une fois le film achevé pourquoi sa palme d’or a semblé évidente pour beaucoup: il est abouti sur presque tous les plans, il offre un plaisir immédiat et - plus important un intérêt à la relecture, à l’épluchage.

La première chose qu’on remarque, c’est la beauté de l’objet: le plan d’ouverture annonce la couleur. En 30 secondes on est présenté à la famille de Ki-Taek: non seulement on connaît les membres de la famille mais aussi - et surtout leur environnement, leur statut.
Pas besoin d’en faire des tonnes, tout est là. Et déjà le spectateur est happé, parce qu’il a compris qu’on allait prendre soin de lui - et ce sera le cas jusqu’au bout.
C’est un réel plaisir de se laisser porter jusqu’au bout de l’aventure, de naviguer dans les espaces qu’on nous propose de visiter, de penser qu’on pourrait encore nous séduire jusqu’au bout.

Et puis il faut bien un jour terminer la parenthèse, et c’est là le seul problème de parasite: il se termine et on aurait tellement souhaité y rester qu’on en vient à trouver cette fin imparfaite, on aurait aimé que ça s’achève différemment (et paradoxalement un peu plus tôt - en laissant plus d’espace pour notre imagination).
Honnêtement ce léger défaut final n’en est un que parce qu’on est déçu de devoir s’arrêter alors qu’on se sentait si bien.

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