D'un sous-sol l'autre

Avis sur Parasite

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La palme d'or est bien plus qu'une simple récompense. C'est la consécration pour un réalisateur ainsi que pour le cinéma qu'il représente. Il faut voir les discours de ces derniers qui, émus, avouent souvent leur surprise comme s'ils se refusaient à croire en ce moment par peur d'être déçus. Il faut les voir caresser l'écrin de la palme comme pour mieux s'assurer que tout ceci n'est pas un rêve. Souvent (trop souvent ?), la palme est attribuée au message politique d'une oeuvre, au détriment de sa forme. La qualité du scénario, du jeu d'acteur et de la mise en scène de l'un semblent ne pas peser lourd face à l'idéologie de l'autre. La Palme d'Or 2019, où brillent le fond et la forme, met une nouvelle fois à l'honneur le cinéma asiatique. Après le Japon, la Corée du Sud. Après Une affaire de famille de Hirokazu Kore-eda, Parasite de Bong Joon-ho.

Dans un sous-sol crasseux aménagé en appartement exigu, vit la famille Ki-taek. Sans emplois, les parents, leurs fils et leur fille plient des boîtes à pizza pour gagner un maigre salaire. Leur triste galère va s'achever lorsqu'un ami du fils leur fait une visite surprise apportant deux cadeaux. Une pierre censée apporter prospérité à la maison qui l'abrite et un boulot de professeur particulier d'anglais chez une riche famille, les Park. La famille pauvre et roublarde y voit l'opportunité de sortir de la précarité.

Comme bien souvent au cinéma, on retrouve le fort antagonisme entre deux classes sociales, la bourgeoisie et le prolétariat. Les riches et les pauvres. Là où il serait aisé de mettre en scène une juste et manichéenne lutte des classes, comme le fait si souvent le cinéma français ou certains habitués de la croisette tel Ken Loach, en plaçant le prolétariat sur un piédestal et en clouant au pilori la bourgeoisie, Parasite dresse un portrait acerbe de cette lutte séculaire. La famille de Ki-taek se confronte à la famille Park non pas par idéologie mais par jalousie, par convoitise. Le doux rêve qu'ils caressent lorsqu'ils se noient dans l'ivresse, c'est de prendre la place des bourgeois. De vivre dans une grande maison, boire des bons whiskys et manger de bons petits plats. Les Ki-taek ont ce côté affreux, sales et méchants tandis que la famille Park est d'apparence belle, propre et gentille. Mais sous ces qualités travesties par l'argent, se cachent l'orgueil, le mépris, la niaiserie…

L'institution de la famille, pierre angulaire de la société coréenne, est à nouveau mise à mal par Bong Joon-ho. Il dresse un portrait au vitriol de deux pères, l'un faible et incapable de subvenir aux besoins des siens, l'autre aux abonnés absents, sûr de son fait, à savoir que son argent compense le temps. Les mères, certes loin d'être parfaites, sont néanmoins plus ou moins épargnées dans cette farce sociale. Peut-être que le réalisateur jugea avoir suffisamment chargé la figure maternelle avec son film Mother.

Après un passage outre-Atlantique, ou devrais-je dire outre-Pacifique, dont le résultat sera deux films remarqués à défaut d'être remarquables, Parasite symbolise le sursaut de l'artiste, le bon choix d'orientation de sa carrière. Epaulé par Song Kang-ho, son acteur fétiche, Bong Joon-ho renoue avec un cinéma plus personnel, enraciné dans ce qu'il connaît et peut exploiter comme il l'entend, sa Corée natale.

Encensé par les critiques et les premiers spectateurs, Parasite est, peut-être, la meilleure palme d'or depuis une vingtaine d'années. Celle qui possède un fond et une forme digne d'un maître du cinéma dans une farce sociale complexe à l'humour décapant et à la mise en scène millimétrée. La consécration et la juste reconnaissance internationale pour ce cinéma coréen qui nous fait tant vibrer.

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