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Avis sur Parents

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Parents présente des similitudes avec La Nuit du Chasseur. Réalisé par un homme qui a réussi comme acteur, il relate le conflit d'un enfant avec une figure paternelle ogresque, et se passe quelques décennies avant l'époque du tournage. L'époque de la dépression pour l'un et celle de l'essor de la société de consommation pour l'autre.
Parents joue sur le décalage entre les apparences et la réalité, sur tous les plans. A une époque où la consommation de viande à tous les repas est le signe de la réussite sociale, avec tout un tas d'autres fétiches marchands et uniformisants (la rutilante voiture, la maison en banlieue, l'herbe et les cheveux tondus bien ras...) , on scotomise à tout crin. Exit les abattoirs, modèle du mode de production fordien, exit la guerre de Corée au taux de bombardements record (dans ce qui s'apparente à de l'extermination de masse), le nombre de morts par la voiture, l'alcool ou la cigarette, la violence sur les femmes, etc. Et bien sûr le développement accéléré de la chimie industrielle, dont on récolte les fruits depuis longtemps (cancer & pollution universelle) mais dont on se soucie seulement depuis peu.
Depuis, c'est donc le retour du refoulé. Mais dans les années 80 où fut tourné Parents (et quelques années après Blue Velvet, au contexte comparable, ou encore The Reflecting Skin, assez proche mais dans un cadre rural), l'American Way Of Life faisait son retour "triomphant" sous l'égide du cowboy Reagan, après l'époque de contestation des années 60-70.
Les dialogues sont sibyllins, mais le montage et quelques éléments de décor laissent deviner les multiples niveaux de lecture : psychanalytique (l'ogre donc), ethnologique (de la statuette congolaise dans le bureau de la psy, au mode de vie "heureux et caché" de la famille), politique (le père teste des défoliants pour les guerres en Asie du sud, mais également des toxines directement sur des cadavres - spectre des expérimentations humaines effectuées par des chercheurs au service de la CIA sur des prisonniers de guerre et des patients en psychiatrie)...
Un film sur la barbarie à visage humain à l'échelle industrielle ou individuelle...
Un conte ; le mauvais rêve des trente glorieuses ; l'envers du cauchemar warholien. Le monde dans lequel a grandi Tim Burton : "les gens étaient amicaux, mais uniquement en surface. Comme s'ils étaient forcés de l'être." (cahiers du cinéma 442 - avril 1991)
Smile !

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