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Paris, Texas par Gérard_Rocher

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Au Texas, dans l'immensité et l'aridité du désert, suivi du regard par un vautour, marche sans but un homme vêtu d'un costume de ville et d'une casquette avec pour tout bagage une gourde d'eau presque vide. Il finit par trouver un café .Là il s'écroule d'épuisement. Qui est cet homme mystérieux semblant venir de nulle part et refusant de s'exprimer? En fait il s'agit de Travis, disparu depuis quatre ans, qui porte en lui un lourd secret. En effet, celui-ci a quitté Jane sa femme,en lui laissant Hunter, leur petit garçon. Ne pouvant assumer sa tâche de mère, le frère de Travis, Watt, et sa femme, Anne, ont hébergé l'enfant en lui faisant croire qu'il était leur fils naturel..

Watt et Anne décident de s'occuper de Travis dont les premières paroles sont "Paris Texas" ville du Texas où ses parents l'ont conçu. En leur hommage, Travis a acheté un lopin de terre à cet endroit. Puis, petit à petit, au contact du couple, Travis réapprend à vivre et les souvenirs reviennent grâce à la projection d'un film en super 8 tourné lors d'une réunion familiale . De plus le petit Hunter est informé que cet homme arrivé brusquement dans sa vie est son vrai papa et Jane, sa maman. Le contact se nouant entre le père et le fils, ceux-ci décident brutalement de partir à la recherche de Jane à Houston.

Wim Wenders est un réalisateur qui rentre au plus profond des personnages de ses films en insistant sur l'observation et l'analyse psychologique. Pour mieux nous sensibiliser et nous faire participer, il prend son temps au niveau de l'action, suivi en cela par des accords de guitare accentuant cette impression de dilettantisme rappelant vaguement, au début du film, le style de certains westerns italiens. Le départ de l'intrigue est des plus énigmatiques puisque l'on ne sait rien de cet homme solitaire, muet, au visage hébété. Puis petit à petit, son regard se fait plus expressif, certains détails de son enfance lui reviennent progressivement, puis ceux de la réalité de sa vie, de ses échecs, de ses regrets et de son amertume. Ce personnage qui se culpabilise n'attend plus qu'une chose de la vie: réparer ce qui peut encore l'être vis à vis de son fils et de sa femme pour lesquels son amour est resté intact.

Cette fugue, cette course éperdue de Travis et de Hunter afin de retrouver Jane coûte que coûte est haletante et émouvante car de périples en chambres d'hôtels l'attachement du père et du fils grandit inexorablement. Les retrouvailles entre ce mari et cette femme dans le milieu insolite d'un "peep-show" où elle exerce son métier ne peut qu'émouvoir lorsqu'à travers une glace sans tain et sous l'éclairage d'une lumière tamisée, par un extraordinaire monologue Travis va confier son désarroi et confesser ses erreurs passées à Jane de manière bouleversante en la priant de revoir et de reprendre son fils. Celle-ci, tout aussi émouvante, acceptera de bon coeur dans l'espoir jusqu'alors inaccessible du départ d'une nouvelle vie .Pour Travis la fin de cette aventure reste aussi énigmatique qu'à son début.

De cette réalisation soignée et méticuleuse, il faut retenir d'un seul bloc les cinq acteurs principaux qui nous ont captivés par leur présence, la sobriété de leur interprétation et l'émotion communicative qu'ils dégagent:: Harry Dean Stanton: (Travis), Nastassja Kinski: (Jane), Hunter Carson: (Hubter), Dean Stockwell: (Watt) et Aurore Clément: (Anne). De plus, je ne dirai jamais assez que la musique d'un film est très souvent un élément prépondérant de l'intrigue par l'émotion qu'elle peut apporter à l'oeuvre. Cette musique languissante et elle aussi énigmatique de Ry Cooder contribue à rendre le sujet très attachant.

Ce film a obtenu la Palme d'or du Festival de Cannes 1984.

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