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Avis sur Paris est à nous

Avatar Dr Montparnos
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Des affiches dans le métro parisien, des articles sur l'interweb, la venue imminente d'un film événement sur une plateforme de streaming décriée, dont l'abonnement est payé par les soins de ma chère et tendre (big up). A ça deux solutions : faire l'autruche et attendre comme pour le Mommy de Dolan que tout le monde ait pu le voir pour nous dire combien il était bien, et donc repousser encore davantage le moment où on va s'y confronter. Parce que merde, dès que tu vas boire un verre et que t'as le ou la pote de machin que tu connais à peine et qui te dit «  J'ai vu Mommy du canadien là, c'est vraiment super j'ai pleuré et tout », à la longue ça casse les chevilles.

Ou sinon on décide de passer du côté de l'équipe des « First », qui va aller prêcher la bonne parole durant ses différentes mondanités, pour devenir le péteur de cheville et contribuer à faire d'un film un phénomène.

Et bah là c'est ni l'un ni l'autre, puisqu'on est trois semaines après la sortie, tout le monde s'en fout de ce film, et je vais juste écrire un très long texte pour mes 22 abonnés sens critique. Changez rien vous êtes les porte-étendards de mon cœur <3.

Alors Paris est à Nous, ça parle de quoi ? Pour faire court, l'amour c'est comme les Alpes, il y a des hauts et des bas. Et la vie bah c'est plus ou moins pareil. Bon okay j’exagère, mais j'ai dû lire le résumé du film au bout de 20minutes parce que je ne comprenais pas trop ce qu'on voulait me dire. Donc, un garçon et une fille, dont on se fout de connaître les noms, vivent une histoire d'amour tumultueuse. Quand Mademoiselle, rate son avion pour rejoindre Monsieur, et que cet avion finalement s'écrase, elle se dit « Ouaw, c'était moins une ». Elle voit à présent le monde différemment. On va donc suivre son esprit, ses tumultes et les conflits qu'il y a entre la vie et la mort, l'amour et la haine, la joie et la tristesse, Hollande et Macron, la mayo et le ketchup.

Techniquement, l'image porte un peu le film. Calmez vous, j'ai dit un peu. Faut imaginer un parachutiste qui vient de se faire larguer torse poil au dessus d'Omaha Beach, avec deux mitraillettes et des écharpes de munition et un tatouage de drapeau américain sur le mollet, et qui se retrouve finalement comme un con à patauger dans un étang près de Saint Jean La Poterie. Il est pas mort, mais il galère quand même pas mal. Bah là c'est pareil. On est en 2019, on a une résolution d'image énorme, de l'image nette avec de la profondeur de champ autant qu'on veut et des caméras faciles à déplacer. Et quand on décide de filmer des foules, des paysages, des vagues, on se retrouve avec ,avouons le, certaines images qui ont de la gueule.

A part ça, quand y'a des stroboscopes, et il y en a souvent vu que filmer des jeunes qui écoutent de la techno c'est quand même ce qu'il y a de plus simple pour plaire à des jeunes qui écoutent de la techno, on est aux fraises. L'étalo est souvent assez gueularde, genre T'AS VU LA COULEUR LA MON POTE ? Mais le pire c'est quand même le cadre. On a souvent de magnifique plans de front, avec un peu de sourcils si on a de la chance, des acteurs de dos, une synchro labiale qui laisse à désirer, et beaucoup de plans de rien.

Ajoutons à ça le montage qui fout le bordel dans une histoire déjà pas évidente à suivre, alors qu'elle est d'une simplicité spongiale. On alterne entre plans oniriques, et scènes de vie de couple, avec des flash back des flash forward etc. Sauf que le film est davantage un docu fiction, un roman historique. On raconte une histoire fictionnée dans un contexte réel, celui-ci étant les troubles de Paris, et de la France, entre 2015 et 2017. Donc quand on voit des manifs, ou des Je suis Charlie, on arrive à fixer à peu près les événements les uns par rapport aux autres. Mais, soit j'ai pas été attentif, ce qui est fort possible, soit à un moment les images documentaires sont traitées comme des images illustratives, au mépris de leur ancrage réel. Et ça, ça fait que je ne comprenais plus grand chose à un moment, et que j'ai spéculé de la malhonnêteté dans la manipulation des images. Ca se trouve, j'ai pas bien regardé encore une fois.

Enfin, la bande son est chaotique. Je ne parle pas de la musique, qui remplit plutôt bien son rôle, mais de tout le reste. Vu que c'est filmé dans des événements réels, il y a rarement un contrôle sur le son qui est possible, donc il faut post synchroniser les voix et faire croire que l'environnement est bruyant. C'est un défi, c'est pas facile, mais malheureusement c'est pas très réussi. Le jeu d'acteur a du mal à suivre. Donc à part quand c'est le son direct de manifestations ou de rue, où là le film s'en sort bien, ou dans des moments clipés (image + musique, comme sur MCM Pop), sinon c'est pas dingue. Mais le pire c'est que quand les environnements sont maîtrisés (le café où travaille le personnage féminin), là aussi c'est déroutant au son. C'est pas fort, on sait pas pourquoi on entend ce qu'on entend de cette manière.

Ces écueils ne font que renforcer les personnalités absolument insupportables qui nous sont données à voir. Là on rentre dans le full subjectif, mais les deux là j'avais envie de leur foutre des baffes. Ils sont deux caricatures, startup nation contre babylone : lui gonflé d'orgueil, colérique, égoïste, elle naïve à en pleurer et vivant au jour le jour. Et là où on attend à voir une évolution suite à ce rendez vous manqué avec le décès, finalement on se retape tout le temps les mêmes scènes. Disputes de couple, déambulations, onirisme. Et c'est à chaque fois un peu plus énervant. Les plans sont beaux, sans jamais être marquants, les dialogues sont … aaarhhg.

Tout ça c'est pour dire que le monde vit un changement, que la jeunesse française est tiraillée entre envie de tout casser et peur que tout soit cassé. Ce message, je ne le remets pas en cause, mais la manière dont il est délivré est tellement grossière que ça viendrait presque à l'amoindrir. On remerciera, pour cela, les voix off qui débitent de la philosophie même pas assez bonne pour se retrouver dans des papillotes à Noël. Et utiliser l'imagerie des attentats, événements qui, il faut l'avouer, en a traumatisé plus d'un.e, c'est très risqué parce que ça va directement aux peurs les plus intimes. Donc si pour certain.e.s ça a pu les exorciser, c'est sincèrement chouette, mais pour moi j'ai gardé une certaine méfiance face à ce que j'ai vu comme une tentative forcée de faire naître de la compassion en moi. Surtout quand plus tard on entend un discours triste de Macron qui n'est pas remis dans son contexte, mais qui, par intuition, me semble avoir été délivré pour la mort de notre Johnny national.

Alors le docu fiction je veux bien, mais quand on fait appel à des événements réels et forts, attention à ne pas les dénaturer parce qu'on s'en rend vite compte, en tant que spectateur, de quoi il s'agit. Et personnellement j'aime pas qu'on essaye de m'enfumer.

Mais vous vous demanderez, pourquoi j'ai mis un petit cœur. Et bien parce que malgré l'énervement que j'ai eu à regarder ce long métrage, je dois bien avouer que deux choses m'ont ravi au plus haut point.

Déjà, l'histoire de la production de ce film. Financé par Kick starter, repéré par Netflix pour la distribution, fait avec trois bout de ficelle, un tournage étalé sur 2-3 ans, à l'arrache dans Paris. Cela signifie que déjà, le public a un pouvoir décisionnel pour façonner le paysage cinématographique. Et peu importe que ce soit pour Netflix, le ciné, Youtube ou la téloche, si ça permet à des passionné.e.s de faire des films, go. Donc si on veut voir de la diversité dans notre cinéma, qu'on n'est pas satisfait de ce qu'il y a en salle, il faut mettre les 15€ de « qu'est-ce qu'on a fait au bon dieu ? » dans un kick starter ou dans un genre de film qui nous emballe vraiment. Mais le public a un pouvoir non négligeable.

Et de deux, il y a une chose dans le film dont je n'ai pas parlé, c'est l'archi référencement qu'on y trouve. C'est un truc qui m'énerve d'avoir l'impression de voir un film qui fait dans la citation d'autres films en permanence. Là c'est festival, on invoque Terrence Malick, Romain Gavras, Léos Carax, Gaspar Noé, Abdellatif Kechiche ou Jacques Audiard même si on veut. Seulement là, à part pour le premier, j'y ai trouvé que des références à des cinéastes français, qui développent généralement une image assez singulière. Si on ajoute à cette liste, d'autres réalisateurs et réalisatrices qui se distinguent par les histoires qu'ils/elles racontent ou leurs directions d'acteurs.ices, on se rend vite compte qu'on n'a pas à rougir, et qu'en tant que public, on peut montrer notre attachement à ces cinéastes français.es.

Donc Paris est à Nous, nan franchement il m'a soulé, et il ne remonte pas dans mon cœur après ce dernier paragraphe. Mais je ne peux pas blâmer la démarche, parce que vouloir faire un film, le faire et invoquer celles et ceux qui nous ont inspiré pour le faire, c'est toujours super honorable. Et je veux voir d'autres propositions comme celle-ci, je suis sûr qu'un jour on arrivera à s'entendre.

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