La Tristesse vient de la Solitude du Coeur!

Avis sur Pas son genre

Avatar Jack L'Eventreur
Critique publiée par le

Lucas Belvaux,réalisateur belge chevronné et engagé,est connu pour sa dénonciation farouche des inégalités sociales et sa propension à contester l'ordre établi.Ses chroniques dépeignent souvent des hommes faibles,isolés,prolétaires.Touchés dans leurs virilités(cette attribut essentiel dans la représentation de respectabilité de la puissance masculine), ceux ci n'en sont pas moins de vaillants guerriers bravant avec dignité et courage les interdits.Chantre de la lutte des classes,son cinéma âpre et tendu est un tract de militantisme.
Il délaisse ici son sujet de prédilection pour ce qui se présente comme une comédie douce amère sur la difficile condition humaine.

Dans quelle mesure la philosophie de la pensée,censée nous guider vers la vérité de la vie,se heurte t'elle au réel?Quelle force intérieure nous meut?L'intellectuel est il mieux armé face aux turpitudes de l'existence que l’âme modeste?Quelle est l'influence de notre éducation sur notre parcours et nos rencontres et sommes nous éternellement condamnés à cette binaire opposition classe privilégiée/classe modeste?le réalisateur ne prétend aucunement posséder les réponses à ces questions complexes,nous proposant simplement de partager sa réflexion.Cet homme,émérite prof de philo parisien au chemin linéaire,est muté dans le nord,à Arras.C'est pour lui une punition inacceptable,eu égard aux services rendus et à son immense talent.Contraint et forcé,il doit se résoudre à accepter cette proposition mais ne compte pas rester dans "l'enfer" nordiste.Attitude hautement hautaine que semble regretter Belvaux,première pièce à charge symbolique du mépris ostensiblement revendiqué par cette Bourgeoisie envers la province.Sa rencontre imprévue avec cette modeste coiffeuse,aux antipodes de sa personnalité,est l’opportunité rêvée pour lui de modifier sa perception simpliste du chemin à suivre.

Elle,pleine d'énergie et d'enthousiasme,est portée par son idéalisme fleur bleue qui lui donne cette confiance inébranlable en la vie.Pas épargnée par les coups du sort,elle tire partie de sa modeste situation et ne loupe jamais une occasion de s'émerveiller pour la plus infime joie.Tout lui est prétexte à faire la fête et la solidarité de des collègues de travail et amies est son plus précieux bonheur.La bonté et la compassion dont elle fait preuve touchent au plus haut point.Le couple improbable qui se forme sous nos yeux parait dans un premier temps n'avoir qu'une fonctionnalité somme toute illustrative,le scénario s'appuyant sur cette aide pour se construire plus facilement .Mais de fil en aiguille,cet itinéraire balisé prend formidablement sens et les sentiments se précisent de plus en plus avec le temps.Se découvrant des points communs qu'ils ne soupçonnaient pas,leur amour n'en est que plus intense.Le comportement néanmoins égoïste de son amoureux l’amène à se questionner sérieusement sur la véritable nature de sa relation.Pourquoi sent elle une si grande distance de sa part?elle qui brule d'amour et se consume à petit feu de sa nouvelle passion ne comprend pas l'intériorisation et le ressenti cérébral de son compagnon.

Le premier plan du film débute par sa séparation d'avec son ex compagne.Tandis que celle ci pleure sa douleur de la perte,lui la quitte avec empathie mais sans aucun signe de compréhension et de regrets.Comme si son intellectualisation de sa propre souffrance l’empêchait de partager ce moment pénible,faiblesse qu'il ne peut se résoudre à afficher sous peine de passer pour un lâche.C'est cet aspect troublant que lui reproche grandement sa nouvelle conquête.Vivre ne s'apprend pas dans les théories littéraires,fussent elles de Kant.Il faut accepter de souffrir pour se révéler à soi même et rien ne remplacera jamais ce risque la.Tout est mécanique chez lui,jusqu'au plaisir charnel.Son amour est pur et véritable mais trop contrôlé pour accéder à la vérité des sentiments.

Émilie Dequenne,l'égérie des frères Dardenne et compatriote de Lucas Belvaux,est merveilleuse de sensibilité et de pudeur.Sa vitalité et sa gouaille nous touchent directement en plein cœur.Elle est la principale raison de courir voir ce très beau et délicat long-métrage.Son irritante niaiserie du début laisse rapidement place à une interprétation tout en finesse.L'émotion qu'elle dégage est remarquable.Aidée dans sa tache par son partenaire,sociétaire de La Comédie Francaise,qui joue une partition nuancée avec beaucoup de talent.Le réalisateur n'a plus qu'a rendre ceci en image et le fait avec un exquis raffinement.On sent bien ici la préférence du cinéaste pour ces gens simples et combatifs et son procédé en pâtit un tantinet.La caractérisation des personnages est un peu trop stéréotypé dans son premier tiers et la volonté perceptible qu'il a d’embellir l'antagonisme Paris/Province en surjouant la fierté et la beauté campagnarde contre l'austérité et l'inélégance de la capitale déservent un brin la force de son travail.Mais ces petites réserves,mises à part,n'entachent en rien l'intelligence et la sincérité du résultat final.A voir absolument!

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