50 % Féminin. 50 % Masculin. 100 % Jungien.

Avis sur Persona

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Persona est un film suédois assez particulier puisque son réalisateur, Ingmar Bergman, tente d’expérimenter avec son média et de jouer avec les conventions, nous emmenant pendant un peu plus d’une heure dans son petit trip expérimental.

Le film débute sur l’allumage du projecteur faisant défiler des images diverses et variées, qui sont avant tout des illustrations de différents rêves qu’a fait son réalisateur lors de son séjour à l’hôpital, même film qui se termine par l’arrêt du projecteur, symbolisant le début et la fin du film, créant une sorte d’interaction et deux couches du fait que le sujet n’est pas ce qu’on voit en début de film, mais ce qui sera projeté dans la salle blanche par l’allumage du projecteur. Le film diffusé dans cette salle est regardé par un enfant qui est en pleine fascination devant les images quelque peu floutées des visages des deux femmes, un peu comme si l’enfant était une représentation du spectateur face à l’écran.

Passé le début du « premier film », je vais conter rapidement l’histoire principale, Elisabeth Vogler est une patiente de l’hôpital depuis trois mois, son souci étant qu’elle est muette depuis une des répétitions pour la pièce de Sophocle, à savoir Electre, personnage mythologique connu pour avoir tuer sa mère pour venger son père. Pour se remettre, la responsable de l’hôpital l’envoie avec l’une de ses infirmières, Alma, dans une maison au bord de la mer pour revenir sur pied. Notre infirmière va alors peu à peu tisser des liens très forts avec la patiente jusqu’à avoir une crise relationnelle profonde suite à lecture de la lettre de cette dernière dévoilant ses secrets et ne la voyant que comme un objet d’étude, ce qui va bien la décevoir. Au fond, pour grossir le trait, c’est l’histoire d’une thérapie pour deux femmes.

Que ce soit au niveau du fond ou de la forme, les deux sont étroitement liés car l’image sert le fond et nous dévoile ses personnages, le titre quant à lui annonce le sujet qui aura pour rapport le concept psychanalytique établi par Carl Gustav Jung. La persona étant la part de la personnalité qui entretient le rapport de l’individu à la société (une sorte de « masque social » qui renvoie son image aux autres). La personnalité ne pouvant se former sans des référents, qui sont différent archétypes qui accompagneront et orienteront l’individu dans la formation de sa personnalité chez Jung.

Sur le plan personnel et social, Alma se définit par rapport à son rôle de future mariée et Elisabeth Vogler a laissée tombé le « masque » auquel elle était si longtemps rattachée pour mieux trouver ce qu’elle est véritablement, mais également parce qu’elle n’arrivait plus à tenir son « rôle », le souci c’est qu’il ne lui reste que le néant (très imagé avec la lumière extérieure disparaissant peu à peu dans un très gros plan sur le visage de Vogler, plongeant son visage dans le noir ; et l’une des répliques finale du film où Alma lui demande de dire « Rien ») d’où son manque de réaction à ce qui est extérieur à elle et son incommunicabilité.

Plus tard dans le film, alors qu’elles sont toutes deux dans leur retraite, elles sont là à se contempler dans le miroir, fasciner toutes deux par leurs personnes, s’identifiant l’un l’autre, annonçant déjà le transfert et l’échange de « masques » entre les deux personnages, on se demande même si ce n’est pas un rêve d’Alma où elle se représente inconsciemment comme le double d’Elisabeth Vogler. Alma va dès lors commencer peu à peu à se prendre pour Elisabeth et à jouer son rôle, vu qu’elle n’est plus capable de s’exprimer par la parole, entretenant la confusion. Enfin ce n’est pas la seule fois où cela est symbolisé, dans la séquence sur la plage, on voit un plan s’ouvrant sur Vogler où elle prend une photo face à la caméra, comme si elle prenait son propre reflet pour ensuite prendre une photo d’Alma, quand ce n’est pas prophétique par les paroles d’Alma dans la séquence suivant ses confessions :

« Je crois que je peux devenir toi si j’en faisais vraiment l’effort.
Je veux dire, à l’intérieur. »

Elisabeth veut aller plus loin que ces échanges de rôles, on voit cette scène symbolique où elle boit le sang d’Alma, désirant la fusion et ne faire qu’un avec sa chair. La seconde la repoussant en lui disant qu’elle ne peut être elle et qu’elle est avant tout l’infirmière qui doit la conseiller et l’aider, cherchant à préserver son individuation.

Cette thématique du double et du « rôle social » traverse tout le film, évoquant rapidement au passage la condition féminine. En effet, si l’une et l’autre s’identifient entre elles, c’est pour la quasi-symétrie d’une part de leur vécu, Alma n’ayant pas eu droit à la maternité tandis qu’Elisabeth Vogler ne la souhaitait au fond finalement pas, ce n’était qu’un mimétisme du fait de la pression de son environnement, voulant jouer le rôle qu’on souhaitait lui assigner. Ayant toutes deux leurs secrets bien enfouis.

Au-delà de ces considérations analytiques qui peuvent être un peu capillotracté et sans doute des choses qui ont peut-être pu m’échapper, le film ne sera pas au goût de tou-te-s pour sa particularité et sa réalisation peu conventionnelle, un film qui pourra plaire avant tout à ceux qui ont déjà lu des livres sur les travaux de C.G. Jung, étant ou ayant pu s’intéresser à la psychanalyse ou à ceux en recherche d’un « cinéma alternatif ». Il n’en reste pas moins qu’Ingmar Bergman signe ici une expérience intéressante avec une belle photographie et une réalisation des plus soignée.

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