Rires en eaux troubles

Avis sur Peur bleue

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Sous-genre à part entière de l’épouvante-horreur au sens large, le requin mangeur d’homme alimente depuis l’iconique Jaws fantasmes et terreurs de tout ordre, par-delà même le simple spectre de la pellicule : et même si l’imaginaire collectif se fourvoie à son sujet, le squale a donc eu son lot de mises en scène aux fortunes diverses… quoique la plupart franchement médiocres.

Mais si le cultissime long-métrage de Steven Spielberg constitue la pierre angulaire de ce cinéma en eaux troubles, et est par conséquent le tout premier traumatisme de plusieurs générations (et donc une majorité) de spectateurs, ma « peur » du requin découle de l’un de ses rejetons : Peur bleue, ou Deep Blue Sea dans la bouche de Shakespeare. Chose cocasse dans la mesure où, contrairement à l’expérience d’enfance mêlant horreur et fascination, celui-ci ne convie en réalité jamais au grand frisson.

Lorgnant de fait du côté du nanar en puissance, le long-métrage de Renny Harlin (Die Hard 2, Cliffhanger) compose un plaisir coupable des plus juteux à mesure que ses personnages, tous plus inconsistants les uns que les autres, succombent aux dents aiguisées de leurs cobayes génétiquement modifiés. Encore que, parler d’inconsistance ne serait pas vraiment rendre justice au sérieux fluctuant mais assumé d’une intrigue ne se refusant rien, quitte à céder gaiement aux sirènes du poncif monstrueux : un soupçon d’autodérision plane alors, ce qui n’est pas pour nous déplaire.

Après tout, exception faite du jeu plat (comme une limande) de Saffron Burrows, le casting est à l’image du film dans son ensemble : Thomas Jane prend à bras-le-corps son rôle de dur à cuire porteur du totem d’immunité, LL Cool J force notre sympathie tout en conjurant le sort… au contraire d’un Samuel L. Jackson cabotinant avec une application des plus louables, vouant dès lors Peur Bleue à la postérité au moyen d’un grand discours passionné se concluant dans des larmes de sang (ou de rire, à moins que ce ne soit les deux).

Avec pour postulat de départ des expérimentations servant la recherche médicale, le tout au cœur d’une base aquatique offshore, rappelons donc que le long-métrage n’est pas totalement débile : de fait, les aspirations du doc McCallister ont beau conduire à la catastrophe, celles-ci se tiennent. Conforté par les prestations en roue libre (mais investies) de seconds rôles habillant de leur mieux le tout, Peur Bleue déroule pendant plus d’une heure un survival divertissant sans prétentions : et si nous ne lui reprocherons pas son enlisement dans l’invraisemblable (diablement fûtés ces petits mako), convenons que sa principale faiblesse réside dans la gestion de son environnement.

De fait, et ceci nous renvoyant à sa profonde incapacité à nous émouvoir autrement que par l’amusement, Peur Bleue ne capitalise pas vraiment sur son cadre : pourtant propices à la claustrophobie et la crainte de l’invisible, les couloirs exiguës et inondés de la station sont réduits à leur plus simple appareil, la mise en scène conventionnelle et prévisible d’Harlin et consorts achevant d’en amoindrir l’impact. M’enfin, tel un symbole, le dernier échange de Carter et Sherman démontre bien que l’expérience ne tenait en rien du traumatisme.

S’ouvrant sur les déboires archétypaux d’une bande de jeunes en passe d’être croqués, Peur Bleue annonçait donc d’emblée la couleur : débile comme distrayant, ses supposées « vertus » ironiques sont des plus indispensables pour qui souhaiterait digérer pareil poisson mal fichu (ayant de surcroît assez mal vieilli). Un petit plaisir coupable en bonne et due forme en résumé !

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