Le triomphe de la forme sur le fond - PTA, Fil(m) Fantôme

Avis sur Phantom Thread

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Paul Thomas Anderson a l’art de se fondre totalement dans une époque. Après avoir entre autres redonné vie au Los Angeles des années 70, à l’Ouest américain du début du XXème siècle ; il se tourne vers les années 50 londoniennes, dans le luxueux et aseptisé milieu de la haute couture. Une fois encore, il excelle sur la forme. La photographie [dont il s’est apparemment chargé lui-même, Robert Elswit n’étant pas disponible] est comme de coutume impeccable, l’atmosphère est admirablement retransmise. Les 130 minutes de Phantom Thread ont été pensées à l’image près, et cela se sent.

C’est cependant cette volonté compulsive - il faut le dire, à la limite de la maniaquerie - du réalisateur de vouloir dresser le tableau absolu de cette relation et de son univers qui dessert le film. Par exemple, l’amplification systématique des sons provoqués par la jeune femme lorsqu’elle mange tombe dans le gadget, égarant volontairement le spectateur sur son choix d’apporter de l’empathie à l’un où l’autre des personnages. (Reynolds est tout de même sacrement rustre… quoique, Alma beurre ses biscottes de façon insupportable : qui soutenir, alors ?). PTA balade sa caméra dans le microcosme qu’il a reconstitué, se plaît à filmer de banals conflits aux motifs les plus futiles les uns que les autres.
Si l’on comprend très vite - PTA le sert sur un plateau sans finesse aucune - que Reynolds Woodcock, le personnage de Daniel Day-Lewis, est un monstre (dans l’acception première du terme : inhumain), il est très difficile de déterminer ce dont traite le film pendant sa première heure. Woodcock est de plus en plus béotien, de plus en plus cruel tandis qu’Alma est toujours plus sûre d’elle alors qu’elle aurait dû fuir dès leur deuxième rencontre. L’esthétique et la bande originale (de Johnny Greenwood) se font de plus en plus présents et pressants, mais le fond ne suit pas. La curiosité cède peu à peu la place à l’ennui ; en définitive, les seuls événements notables du film se déroulent dans sa quatrième et dernière demie-heure.

Dans cette étude d’un amour absolu - fanatique ? -, le scénario est relégué à la seconde position, simple trame dans le temps et l’espace. PTA filme des non-événements, sensés amener le personnage d’Alma à différents niveaux de réflexion sur sa relation. Cette trame est construite sans finesse, mettant en exergue des ruptures appuyées, d’un nouvel-an magistralement raté jusqu’au fusil de Tchekhov bête et méchant qu’incarne une improbable scène de cueillette de champignons. On se retrouve à se demander ce que les amants vont bien pouvoir inventer ensuite.

Ce triomphe de la forme sur le fond diminue la portée de Phantom Thread, faisant de lui un film long et peu clair sur ses enjeux. Sa résolution caustique, point final acéré, a le mérite de relever le niveau du scénario mais demeure relativement stérile au regard de tout ce qui l’a précédée.

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