Un nouveau crime d’orgueil pour PTA

Avis sur Phantom Thread

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D’accord c’est du cinéma assez élégant et sophistiqué, le tout agrémenté de jolies violoneries… Mais bon, tout ça pour quoi ? Tout ça juste au service d’une illustration de relation amoureuse malsaine ? Alors après, entendons-nous bien : en soi ce n’est pas un problème de prendre pour sujet une relation amoureuse malsaine. Me concernant, ça m’ait déjà arrivé d’y retrouver mon compte, comme ce fut le cas par exemple avec « Match Point ». Mais par contre, poser ainsi une relation qui – dès le départ ! – révèle déjà tous ses travers, moi personnellement je ne comprends pas le but de la démarche. Alors après – je ne sais pas – ça dépend peut-être de la sensibilité de chacun, mais moi – dès la première rencontre – j’ai envie de foutre ma main dans la face du personnage incarné par Daniel Day Lewis : Reynolds. Mais vas-y je t’en prie ! Drague là en lui pourrissant son service ! Prends-lui son calepin des mains sans lui demander son avis ! C’est si sexy d’avoir affaire à un sexagénaire qui parle comme un psychopathe et qui cherche dès la première rencontre à foutre les gens dans la mouise ! C’est si sexy de tremper ses doigts dans le pot à sauce sans demander l’avis à personne ! C’est si sexy de forcer les gens à retirer leur rouge à lèvres parce que mônsieur n’aime pas ! Si sexy de rouler à toute blinde dans ta voiture de kéké, risquant la vie de tout le monde ! Le pire, c’est que cette démarche m’échappe d’autant plus que le film a conscience de la nature perverse de Reynolds. D’ailleurs – et c’est d’autant plus frustrant – mais pour moi la scène des premières mesures avait vraiment quelque-chose d’intéressant.

Voir comment le personnage d’Alma considère ce moment comme un jeu sensuel de séduction alors que l’autre bourricot de Reynolds ne s’intéresse qu’à ses mesures, passant son temps à la dénigrer et à la désexualiser, ça oui c’est super bien mené et c’est super intéressant. Surtout que l’ami Anderson ne manque pas de mêler des plans très charnels d’un côté, où les mains du couturier frôlent la peau du modèle à fleur d’objectif, et de l’autre ces moments de gêne qui montrent bien à quel point on dénigre l’intimité et la sensibilité d’Alma.

Bref, il y avait bien quelque-chose à tirer de tout ça – mais comment voulez-vous que j’arrive à me projeter dans cet univers là si tous les personnages de ce film finissent par m’horripiler ?! Parce que bon, ça commence avec Reynolds et sa sœur bien sûr, mais au très rapidement j’avoue que j’ai vite commencé à m’exaspérer d’Alma à son tour ! Après la scène des mesures, mais comment tu peux encore vouloir rester ? C’est si manifeste que ce mec-là ne te traite que comme un corps et qu’il ne t’aime que lorsque tu portes ses créations ! Au-delà de ça il n’exprime rien ! Ce mec c’est juste la réincarnation de Josef Mengele mais en couturier ! Mais quand tu remarques ça chez quelqu’un, ta première réaction ça doit être de te BARRER ! Mais non, cruchette elle préfère rester ! Et pourquoi ? Bah parce que lorsqu’elle porte de jolies robes… eh bah elle se trouve jolie ! Oui ! Le film ose nous dire ça ! Et moi là-dedans je suis censé faire quoi de ce personnage totalement superficiel et dénué de toute lucidité ? Je suis censé me prendre d’affection pour elle parce qu’elle est amoureuse ?! Non mais WHAT ?! Alors je ne sais pas pour les autres mais chez moi, ce genre de démarche, c’est juste mort de chez mort !! Déjà au bout d’une seule demi-heure, toutes les aiguilles dans mon cerveau étaient en bout de jauge. Et mon grand désespoir c’est que – malheureusement – tout le film n’est qu’une sempiternelle réillustration permanente de cette situation là. Alors OK, à chaque fois ça monte un peu plus d’un cran. Mais bon, vu que moi j’avais déjà atteint mon seuil de tolérance maximum depuis un petit moment, j’avais juste l’impression d’enchainer répétition sur répétition. Pour moi le film pouvait durer trois-quarts d’heures de moins ou trois quarts d’heures de plus, en termes de cohérence scénaristique ça n’aurait rien changé. Alors après, c’est vrai : oui c’est beau ; et oui parfois c’est malin. Mais oui aussi, c’est quand même bien usant, mal équilibré et globalement mal pensé. Alors franchement je ne sais pas comment l’ami Paul Thomas Anderson a pu penser à un moment que ce genre de récit avait de quoi séduire un public. Moi ça me laisse un peu sur mon séant. J’aurais pourtant bien des éléments d’explication, mais ils ne sont pas très flatteurs pour l’ami Paul Thomas. Parce que bon, il y a quand même des moments où je me dis que s'il trouvait ça intéressant c'était parce que Reynolds c'était un peu lui, comme Dieu dans « Mother ! » c’était un peu Aronofsky ! (Oui, ces mecs sont d’une modestie…) Eh bah franchement, j’espère vraiment que ce n’est pas ça. Parce que si le but de l’ami PTA était de confesser ce génie qui le rendait si magnifique et si cruel à la fois eh bah c’est loupé pour moi. Moi ce qui m'a sauté aux yeux concernant REeynolds, c'est qu'il était surtout totalement égocentrique et insensible à l'humain. Et personnellement, aucun film ne parviendra jamais à me convaincre que le génie se fait parfois au prix de la décence et du respect d'autrui.

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