L’homme n’a que deux objets primitifs : lui-même et la femme qui s’occupe de lui

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La robe est merveilleuse, celle de l’Angleterre victorienne, ses escaliers interminables, ses pas feutrés sur le parquet de ses demeures aux immenses plafonds et aux blancs nacrés. On arpente ces intérieurs bourgeois aussi longs qu’étroits, mais où se trouve maintenue une distance infinie entre ces individus reclus, renfermés sur eux-mêmes, totalement hermétiques à toute extériorité. Cette douce teinte d’un Baroque anachronique, enrobé dans la douceur du piano de Brahms ou Debussy se laisse à peine approcher, véritable château fort dont on a perdu la clé.

Ce pan d’histoire sédimenté va se trouver fissuré par les maladresses d’une roturière croisée au détour d’un victorian hotel - ce n’est peut-être pas une simple coïncidence - loin de la galanterie londonienne. Le bruit des biscottes, le regard insistant de celle qui ne connait pas les manières de ce monde qui se meurt vont fragiliser le tissu. Le fil se découd en même temps qu'il se trouve être la clé qui fait sortir Reynold de cette intériorité inaccessible. Il n’y aura de place que pour un seul objet extérieur et cette personne que l’on aime, c’est celle qui a été une partie de mon propre moi. Alma le sait mieux que quiconque, elle n’a ni séjourné sur le divan de Freud ni accès aux pensées de Reynold, mais il ne pourra lui appartenir que si elle devient cet objet de l’amour narcissique qui nourrit et qui protège.

Le phantom thread peut être dénoué : « nous sommes bien d’accord que l’amour est une forme de suicide ».

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