Une nouvelle race de héros.

Avis sur Piège de cristal

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Alors que les muscles huilés de Sylvester Stallone et d'Arnold Schwarzenegger règnent en maîtres sur le cinéma d'action, que les coups de tatanes de Jean-Claude Van Damme et de Steven Seagal commencent à se faire sentir, le cinéaste John McTiernan s'apprête à faire basculer le genre dans une toute autre direction, lui qui venait justement de libérer le chêne autrichien des projets fumeux du nabab Dino de Laurentiis grâce à son mythique Predator.

En odeur de sainteté après le succès du film précité, le metteur en scène se voit offrir par la 20th Century Fox les commandes de leur projet d'adaptation du roman Nothing Lasts Forever de Roderick Thorp. Conçu initialement comme une suite de Commando, le scénario écrit par Jeb Stuart et Steven De Souza va évoluer, donnant, sous la direction de McTiernan et du producteur Joel Silver, un tout autre visage au blockbuster estival.

Contrairement aux demi-dieux qui auront représenté le cinéma américain des années 80, le héros nouveaux n'est pas doté d'une musculature à faire rougir Héraclès, est loin d'être invincible et ne dissimule pas tout un arsenal de guerre sous sa chemise. Au lieu de ça, il jure, fume, saigne quand on lui tire dessus, sort des vannes afin de se donner du courage et arbore le faciès d'un Bruce Willis jusqu'ici connu pour des comédies ou la série télé Moonlighting. Certes, il gagnera sûrement à la fin, mais avec des ecchymoses et un besoin urgent de transfusion.

Un protagoniste à qui l'on peut immédiatement s'identifier, que l'on voudra suivre (et surtout soutenir) jusqu'au bout, à la fois cabot, nerveux, faillible et attachant, une sorte de grain de sable qui viendra, bien malgré lui, enrayer une machine trop bien huilée. Cradingue, paumé mais étonnamment crédible, Bruce Willis impose dès les premiers instants une présence, un charisme incroyable doublée d'une gouaille à nulle autre pareille, face au regretté Alan Rickman, immense comédien de théâtre qui faisait ici des débuts marquants au cinéma dans la peau d'un bad guy à la suavité délicieusement diabolique.

Derrière la caméra, John McTiernan instaure un rythme qui ne faiblira jamais, joue magistralement avec son point de départ improbable, gère parfaitement son décor, offrant des séquences aussi tendues que spectaculaires, bien aidé par la magnifique photographie d'un Jan de Bont qui fera tout péter à son tour six ans plus tard pour les besoins du sympathique Speed.

Naissance d'une figure héroïque figée dans une temporalité à mi-chemin entre l'invincibilité de l'ère reaganienne et la vulnérabilité des années Clinton, Die Hard est bien la preuve qu'un pitch aussi farfelu soit-il peut donner lieu à un divertissement de haute volée entre les mains de noms talentueux, soucieux d'offrir un spectacle de qualité tout en faisant avancer le schmilblick.

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