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Pierrot le Fou par Waltari

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Le principal problème qui se pose à moi à la vision de Pierrot le Fou c’est le statut qu’occupe le film. Godard fait-il du cinéma, ou bien veut-il nous donner à réfléchir sur le cinéma ?

Si la question se pose, c’est bien parce que le film passe son temps à être le cul entre deux chaises, mais ce volontairement en plus, et c’est là où ça pose problème. De nombreux films donnent à remettre le cinéma en question (si ce n'est tous, d'une certaine manière), mais cette remise en question découle de ce qu'ils racontent, sans pour autant qu'ils aient besoin de placer un siège éjectable sous le spectateur. Godard, lui, case son « A qui tu parles ? Aux spectateurs » au beau milieu d’une scène cinématographiquement « normale ». Il nous raconte quelque chose, et, comme ça, subrepticement, il nous parle de notre place de spectateur comme si c’était « à part » du film, tout comme quand il fait répéter une même réplique deux fois, ou tout simplement lorsqu’il se passe quelque chose qui va à contresens des codes cinématographiques. C'est complètement destructeur de l'intensité réelle que pourrait contenir le récit. Tantôt on est plongé dans l'histoire, tantôt on en est complètement éjecté. Quand je regarde du cinéma, je veux voir du cinéma, pas un hybride entre vidéo expérimentale et cinéma, l’un annihilant la force que pourrait avoir l’autre au final, parce que complètement opposés l’un et l’autre dans leur manière de faire et dans leur essence.

Au fond, les codes cinématographiques servent à donner l'illusion d'une "réalité parallèle" au spectateur. On joue avec ces codes, on les détourne, logiquement. Godard, lui, choisit plutôt de les détruire. Le problème, justement, c'est qu'on se retrouve avec une histoire qui fait plus de la figuration qu'autre chose, qui ne porte rien, et le véritable fil conducteur, si on peut en trouver un, se situe plus dans cette manière de mettre en scène des personnages détachés de la réalité et y compris d'eux-même, dans cette folie justement. Sauf que ça ne suffit pas pour que le film s'inscrive "émotionnellement" comme un tout, ça participe même à détruire tout potentiel fil conducteur réel. Du coup on se trouve face à quelque chose d'émotionnellement plat, linéaire. Non pas que le film ne délivre aucune émotion, juste que celle-ci ne varie jamais beaucoup ; à l'occasion d'un regard, d'une réplique, d'une situation peut-être, mais aucun enjeu ne permet réellement de la faire évoluer vers autre chose.

En l'état, je ne vois ce tout que comme un assemblage vain qui apparaît plus comme une succession de moments qui, mis bout à bout, n'arrivent pas à former une histoire assez substantielle en soi pour porter les images en un même souffle. Ça c'était ma vision du film en tant qu'objet cinématographique qui raconte une histoire, et qui se place donc forcément en rapport aux codes traditionnels du cinéma et ce qu'ils impliquent dans la mise en place de "l'illusion cinématographique". En revanche, je pense que l'objet acquiert une valeur d'une nature totalement différente si on le regarde par exemple pour cette question des limites du cinéma qu'il pose par sa démarche radicale, et qui remet donc forcément en question la manière de raconter une histoire à travers ce médium. Une démarche que je critique finalement, mais qui, justement parce que choisissant de s'asseoir entre les deux chaises et non de choisir l'une ou l'autre ou de se demander laquelle choisir, me semble fondamentalement intéressante. D'ailleurs, considérez que je n'ai pas mis de note.

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