Stabat mater

Avis sur Pieta

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Le film part mal, vraiment très mal : c’est joué moyen, à la limite de l’amateurisme, c’est visuellement laid, c’est rythmé n’importe comment, c’est sinistre et on s’ennuie ferme. On espère un sursaut à un moment, assez rapidement en fait, mais pas grand-chose ne vient à un moment, et Pietà restera ce film joué moyen, visuellement laid, sinistre et où on s’ennuie ferme. Il aurait fallu la folie pure et la maîtrise stylistique de Park Chan-wook, de Na Hong-jin ou de Takashi Miike pour s’emparer de cette intrigue tourmentée et en faire une farce macabre et violente plutôt qu’un film aussi excitant qu’un tapis de bain élimé. De la part du réalisateur de L’île et de Printemps, été, automne, hiver… et printemps, c’est carrément frustrant.

Étrange histoire que ce Pietà-là, histoire de vengeance et de rédemption, celle d’une mère et celle d’un jeune usurier qui estropie des artisans endettés afin d’arnaquer l’assurance, mais plombée par une morale pitoyable (l’argent, c’est pas bien ; l’argent, c’est le démon) et confinée dans une grisaille misérabiliste impuissante à porter son sujet et son esthétique au-delà d’une dislocation sociale qui se voudrait super signifiante (le film a été tourné à Cheonggyecheon, quartier pauvre de Séoul et ancien centre métallurgique voué à disparaître). Toute cette noirceur ne sublime rien, ne raconte rien, ne provoque rien ; on reste dans la figure d’un jugement simpliste, jamais subversif, et d’une symbolique sacrée qui manque singulièrement de corps et d’esprit (ne serait-ce que dans l’affiche du film qui reproduit, sans originalité, la Pietà de Michel-Ange).

On va dire que ça devient un peu plus intéressant dans le dernier tiers, une fois les enjeux péniblement et maladroitement enclenchés (les sentiments d’affection de Kang-do envers sa mère retrouvée ont l’air de se manifester du jour au lendemain, comme déballés soudain d’une pochette surprise), quand Kang-do croit sa mère kidnappée et qu’il part à sa recherche en retournant voir ses anciennes victimes. Kim Ki-duk raréfie le dialogue, dépare l’image et le son (bruts, rêches), mais s’épuise à imposer une qualité, une vigueur à l’ensemble, même dans les scènes censées provoquer le malaise (celles de "sexe", de masturbation ou de mutilations : à peine un bâillement). Pourquoi une bouse pareille est-elle repartie avec le Lion d’or à Venise ? De peur que Kim Ki-duk se foute en l’air après sa dépression ? C’est quoi, un prix par pitié ? Un prix thérapeutique ? Une boîte de Prozac aurait alors largement suffi.

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