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Pina

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Je viens d'aller voir Pina, de Wim Wenders. Je suis toute bouleversée.

Il est sorti aujourd'hui en Allemagne. C'est un film en 3D sur l'oeuvre de la chorégraphe allemande Pina Bausch, qui est décédée il y a 18 mois.
Il a été présenté il y a 10 jours lors de la Berlinale, c'était le film le plus attendu des dix jours, et malgré quatre projections, il était quasiment impossible d'y aller (j'aurais bien voulu voler les invitations de mon chef, mais il les gardait jalousement, et la dernière projection, plus accessible, tombait sur mes heures de boulot).

C'est une chorégraphe qui m'a toujours fascinée, non pas dans son oeuvre que je n'ai jamais vraiment eu l'occasion de voir (du moins pas en spectacle vivant, j'en ai vu des vidéos, et des extraits sur Youtube, si vous voulez), mais dans sa démarche. Celle d'installer sa compagnie, une des plus grandes compagnies mondiales, dans une petite ville minuscule, industrielle et mooooche de la Ruhr, la région ouest-allemande la plus sinistrée depuis les années 1980. Et de faire donc de cette ville l'un des centres artistiques de l'Allemagne. Celle de créer une pièce, Kontakthof, d'abord avec ses danseurs professionnels, puis la même, exactement la même, avec les mêmes costumes, avec des adolescents de 14 ans, puis encore la même avec des "vieux", de plus de 65 ans. Et d'en faire des représentations de plusieurs heures, les trois versions à la suite. Représentations à guichets fermés. Celle d'accueillir dans sa compagnie des hommes et femmes qui forment un ensemble totalement hétérogène, des chinois, des russes, des hispanophones, des grands, des maigres, des toutes petites, et d'en faire ressortir une harmonie incroyable.

Le film de Wim Wenders est magnifique. C'est un véritable hommage à cette femme toute mince, très grande, qui dégage une force et une douleur incroyables, quand elle danse. Et pourtant, on voit très peu Pina. On voit ses danseurs, ses chorégraphies, ses spectacles (que j'aurais aimé voir Vollmond sur scène ! ou le Sacre du Printemps !) et on entend ses danseurs parler d'elle. C'est empreint de poésie, c'est sensible sans être mièvre (bon, c'est Wim Wenders, ça aide). Le film avait été commencé quelques semaines avant la mort de Pina, ce n'était à l'origine pas censé être un hommage. Cela a peut-être aidé Wenders à trouver le ton juste.
Les chorégraphies sont vraiment très belles, je suis tellement heureuse d'avoir eu l'occasion d'en voir plus, et surtout sous un format de tournage aussi travaillé. C'est un travail impressionnant sur le corps, les émotions, les sensations, ça parle énormément (je ne suis pas particulièrement réceptive à la danse pourtant), sans dire un mot évidemment. C'est esthétique, évidemment, mais aussi dérangeant et violent, parfois, justement parce que le langage du corps est universel, et très proche de l'intime.

Quant à la 3D... ben la 3D de Wim Wenders, ce n'est pas celle un peu gadget de Shreck ou Avatar, elle est soignée, peaufinée, et dans le cadre d'un film de danse, elle apporte réellement quelque chose : j'avais l'impression d'être assise dans le public des spectacles.

Le film est un réel évènement en Allemagne, il a fait les gros titres de la presse pendant toute la Berlinale (il était présenté hors compétition, sinon il aurait probablement emporté l'Ours d'Or). Ce soir, la grande salle d'un des grands cinémas de Berlin était pleine à craquer (certes, le soir de la sortie), et les gens particulièrement émus en sortant de la salle. Je ne sais pas quand/si il sortira en France, mais si vous avez 2h à lui consacrer, n'hésitez surtout pas.

25/02/2011

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