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Avis sur Plaire, aimer et courir vite

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Qui est donc Christophe Honoré, ce cinéaste inclassable dont les nombreux films répondent rarement aux attentes ? Qu'il nous livre une version modernisée de La Princesse de Clève ou sa vision un brin cruelle des Malheurs de Sophie, en passant par une relecture toute en chair et en préciosité des Métamorphoses, Honoré ne cherche pas à plaire et ne parle pourtant que de cela. Sophie n'a qu'un rêve, retrouver une mère, un amour de mère, se sentir aimer. Quant aux personnages des Métamorphoses, ils cherchent eux aussi une osmose qui ne vient pas. Qui sont Les bien aimés, sinon des mal aimés qui se cherchent sans jamais se trouver, jusqu'au drame ? Et Junie qui a seize ans dans La Belle personne et cherche à trouver un amour qui dure, dure, ne s’éteint jamais et donc se refuse aux hommes qui prétendent l'aimer. Ces amours qui durent ou qui finissent dans une seule étreinte étaient d'ailleurs le sujet d'une des chansons d'Alex Beaupain écrite pour Les Chansons d'amour, le plus beau film de Christophe Honoré à ce jour. Dans Plaire, aimer et courir vite, titre ô combien révélateur de son cinéma, le réalisateur mêle une cruauté certaine, les rapports amoureux peuvent être tendres, mais ils sont teintés d'une forme de détachement explicite, qui révèle pourtant un désir implicite que ça ne s'arrête jamais. Ici encore comme avec Julie et Ismaël, la fin est pourtant nette puisque c'est par la mort qu'Arthur, le jeune étudiant breton sorte de "double" d'Honoré et Jacques, l'écrivain qui marche dans la nuit, seront brutalement séparés.

Dès lors Honoré, ne filme pas tant leurs étreintes que leur séparation tout au long du film, même quand Arthur monte à Paris, il n'est pas connecté de suite à Jacques qui le fuit pour mieux cacher les stigmates de la maladie. D'elle d'ailleurs il est très peu question frontalement. Cela donne lieu à une magnifique scène où Arthur venu rejoindre Jacques se cache dans la nuit bretonne et entend de la bouche d'une actrice un peu collante, la maladie de son futur amant. Au lieu de fuir, comme il aurait pu le faire dès la scène de leur rencontre au cinéma (quelle douce et belle idée !), Arthur s'accroche. Cette première nuit ensemble résume à elle seule tout le cinéma d'Honoré, cette manière qu'ont les personnages de s'attirer en espérant le bonheur, mais en sachant l'issue fatale, de se parler sans s'écouter vraiment, de se livrer presque égoïstement (ce qu'ils faisaient autrefois en chanson). La cruauté des rapports humains est ici abordée frontalement, mais cela n'empêche pour Honoré ni l'humour, ni la tendresse.

Il fait aussi de nombreux clins d’œil à sa propre histoire (en plus des fulgurances qui font écho à ceux qui l'inspirent depuis toujours et qui forgent son cinéma), à une paternité que Jacques a du mal à saisir, tout tremblant qu'il est devant un enfant si vif et si mature. La mort rode, s'écrit, le désir aussi. Les lettres d'abord, puis les coups de fil rapprochent les deux amants, tout en les maintenant à distance, très belle idée de mise en scène qui ira jusqu'au dénouement final. L'amour est partout et nulle part à la fois, comme dans ces deux magnifiques scènes de bains ou encore cette soirée qui réunie Vincent Lacoste, Pierre Deladonchamps et Denis Podalydès, tous trois formidables. Il y a aussi ces adieux à l'amitié, elle aussi cynique et pourtant si tendre. Tant de moments de vie où les personnages se mettent en scène, espèrent, s’enivrent. Leurs vies sont des théâtres dans lesquels ils se perdent, refusant à tout prix de jouer l'acte final, de lancer, car sans douleur c'est impossible, leur dernière réplique. Honoré ou du moins son cinéma serait donc comme une pâquerette déguisée en piège à loup, quelque chose qui tient de la perversion, de la capacité à s’autodétruire et à entraîner l'autre avec soi, tout en cherchant, sans cesse, à le conquérir. C'est pour cela que les premiers plans du film sont d'une rapidité folle et que jamais le film ne ralenti, même s'il semble paradoxalement prendre son temps et prendre un malin plaisir à ne jamais réunir les deux amants quand le spectateur le voudrait.

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