Une chronique nostalgique, légère et grave à la fois, un tantinet longuette mais aux acteurs en état

Avis sur Plaire, aimer et courir vite

Avatar Rémy Fiers
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Christophe Honoré signe son retour au Festival de Cannes cette année avec cette cinquième sélection mais seulement sa seconde en compétition officielle après « Les Chansons d’amour », qui reste certainement son plus beau film, véritable chef-d’œuvre de mélancolie désenchantée. Comme son nouvel opus se déroule au début des années 90 dans un contexte parisien et homosexuel, beaucoup seront tentés de le rapprocher du coup de cœur du public de l’an passé au festival, « 120 battements par minute ». Mais hormis une partie du contexte, des protagonistes en majorité gays et l’époque, « Plaire, aimer et courir vite » n’a rien à voir avec le film de Robin Campillo. Ici, et c’est peut-être ce qui pourra rebuter une partie du public, on est tout de même dans un cinéma d’auteur français pure souche et affirmé. Pas forcément poseur ou prétentieux mais, par instants, dans une certaine mouvance bobo parisienne qui caractérise ce type de cinéma dans ce qu’il peut avoir de plus caricatural. Il n’y a qu’à se souvenir de son pire film, l’horripilant « Ma mère ».

Mais, à l’instar de toute sa filmographie, tel le sublime « Dans Paris », Honoré ne s’en cache pas et cela se reconnaît au premier coup d’œil lorsqu’on s’attarde sur l’aspect visuel du film ou quand le cinéaste est trop généreux dans ses dialogues. En effet, certaines séquences s’étirent plus que de raison, laissant les personnages débiter de longues logorrhées verbales parfois insignifiantes et trop écrites (mais le plus souvent aussi pétries de justesse et passionnantes). C’est le défaut majeur de « Plaire, aimer et courir vite » et cela se caractérise par quelques longueurs dans la seconde heure et surtout une œuvre qui aurait du faire une vingtaine de minutes en moins. Mais, même s’il peut paraître trop auteuriste, le cinéma d’Honoré n’en demeure pas moins exigeant et surtout empreint de justesse et de délicatesse. On adore ces séquences anodines ou ces discussions qui semblent ne pas raconter grand-chose mais qui en fait signifient beaucoup. On adore ces moments de grâce emballés avec sincérité ou encore ces envolées lyriques qui emballent les cœurs. Car le cinéma d’Honoré c’est aussi ça et beaucoup plus encore.

Sous des airs légers et polissons de prime abord, « Plaire, aimer et courir vite » développe une gravité en rapport avec les années SIDA et scrute l’approche la mort avec acuité plus le film avance sans oublier un certain romantisme suranné. L’apogée émotionnelle de cette oeuvre va éclore en fin de film, par le biais d’une séquence déchirante entre Podalydès et Deladonchamps. Des dernières scènes pudiques mais poignantes, emballées par le « One » d’Harry Nilson qui avait également touché nos cœurs dans le « Magnolia » de Paul Thomas Anderson sous la version reprise par Aimee Mann. Mais le film dépeint aussi avec une véracité quasi autobiographique (Honoré ne cache pas que le film s’inspire de sa propre jeunesse) les rapports amoureux et sexuels, en quelque sorte les us et coutumes, du milieu gay parisien de cette époque. Jamais graveleux ou voyeuriste, son film est beau et ce qu’il dit encore plus, malgré la sinistrose ambiante, la gravité de ce qui se passe à l’écran et la palette de gris qui s’empare des images. « Plaire, aimer et courir vite » est une belle œuvre nostalgique demandant un certain effort de la part du spectateur. En revanche, on ne peut que saluer la performance des trois têtes d’affiches au sommet de leur art. Le trio Lacoste, Deladonchamps et Podalydès forment le triangle parfait, projection synthétique de la jeunesse du cinéaste, et nous soufflent durant deux heures. Un prix d’interpétation ne semble dès lors pas impossible.

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