Les fantômes se dissolvent sous les sunlights

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Avatar Anne Schneider
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Un casting alléchant : des stars, venues d'outre Atlantique, ou bien filles de, Nathalie Portman et Lily-Rose Depp, le très appréciable Emmanuel Salinger, et puis surtout, l'enfant du film "Le Tambour" devenu grand, mais reconnaissable à sa voix et à son regard, le trop rare David Bennent.

Une prolepse intéressante, le film s'ouvrant en pleine Occupation et refluant rapidement, en un flashback, vers l'avant-guerre, annoncée par la réflexion durassienne selon laquelle on ne sait jamais, au présent, quand on se trouve dans la période de l'avant...

Des thématiques prometteuses, organisant la rencontre entre la pratique d'un spiritisme-spectacle (référence à trois sœurs ayant réellement existé, les sœurs Fox) et le cinéma naissant, à travers la figure, elle aussi historique, de Bernard Natan, momentanément directeur de Pathé, avant de voir l'antisémitisme s'exercer contre lui et de mourir en déportation. En effet, le producteur André Korben se met en tête de filmer les esprits que les sœurs Barlow (il en a lui-même fait l'expérience...) ont le pouvoir de convoquer.

On songe à ces photographies, antérieures encore, tentant de fixer sur la pellicule les spectres invisibles à l'œil, et ne parvenant à produire, au prix de trucages grossiers, que des ectoplasmes peu convaincants... Ici pointe sans doute l'écueil sur lequel se fracasse le film : au lieu d'opposer la passion du visible et l'efficience fuyante du non visible, la réalisatrice

Rebecca Zlotowski s'obstine à tout placer sur l'unique plan de l'hyper figurable. L'échec est inévitable, programmatique, pour elle comme pour son personnage de producteur, et sur le fond comme sur la forme.
L'image est superbe, plastiquement aussi parfaite que le beau visage de Nathalie Portman, mais désespérément froide et scientifique, sans l'ombre d'un mystère.

Le regret est d'autant plus vif chez le spectateur qu'un îlot de mystère et d'inavouable avait pourtant trouvé le moyen d'affleurer, autour du plaisir, visiblement très érotiquement centré, que provoquaient les séances spirites chez le personnage très subtilement incarné par un Emmanuel Salinger aussi trouble qu'égaré. Mais l'affaire est rapidement pliée, avec une banale explication pseudo œdipienne qui ne clarifie, en réalité, rien, mais permet qu'on ne revienne plus sur le sujet.

Non, décidément, les ténèbres ne sauraient se promener bras dessus bras dessous avec la lumière ; et les étoiles les plus scintillantes du planétarium s'éteignent soudain, si l'on braque sur elles, comme sur un suspect, le faisceau aveuglant du projecteur utilisé pour les interrogatoires.

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