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Avis sur Play

Avatar Red Arrow
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Du point de vue d'un grand nigaud de bientôt trente-cinq ans (trois ans de moins que Max, le héros du film), découvrir "Play" équivaut à l'étrange sensation d'avoir laissé en location les archives de sa mémoire à un parfait inconnu afin qu'il vous les fasse revivre sur grand écran avec d'autres visages !
C'est d'ailleurs là le tour de force du film d'Anthony Marciano ("Les Gamins") : aller puiser dans des souvenirs que l'on imagine évidemment personnels et leur faire acquérir une forme d'universalité pour toucher toute la génération ayant grandi à cette époque et aux alentours. Bien entendu, globalement, la vie de Max rapportée sur plusieurs décennies par l'objectif de sa caméra emprunte ses propres sentiers existentiels mais, dans la succession de moments qui les composent, il devient vite impossible de ne pas s'y reconnaître tant l'accumulation de ceux qu'on a le sentiment d'avoir plus ou moins partagé ne cesse de croître. Un décor beaucoup trop familier, une vanne débile que l'on aurait pu faire entre potes, un morceau de musique surgi du passé, une première expérience, un bonheur, un malheur, une occasion manquée évoluant en regret insoluble... On se prend en pleine tête un flot de séquences qui font en permanence écho à notre propre passé, le tout saisi avec une véracité tenant presque d'un pillage en règle de notre mémoire. "Play" devient ainsi une espèce d'incroyable compilation de sourires nostalgiques jouant sur une communion précieuse entre le spectateur et son héros mais également sur son format de vieilles VHS revisionnées où la manière de capter cette vie se conjugue aux émotions qui les gouvernaient alors. Le résultat est si irrésistible de bout en bout qu'il élude certaines questions dérangeantes (notre vécu est-il en lui-même si impersonnel, punaise ?) ou les passages parfois trop attendus de la vie de Max car, dans le fond, tout ça viendrait faire obstacle à l'expérience proposée par "Play" et surtout parasiter le bonheur procuré à l'intérieur de cette machine à remonter le temps que l'on serait bien bête de sciemment enrayer.
Avouons-le, même avec les meilleurs a priori du monde, on ne s'attendait pas à un tel petit miracle capable de déclencher une euphorie mémorielle de tous les instants, une virée en grand huit dans notre passé où chaque sommet serait synonyme de la résurgence d'une émotion profondément enfouie ! Bien sûr, la réussite de "Play" doit beaucoup à l'impressionnante maîtrise d'Anthony Marciano -et ce à bien des niveaux- pour invariablement nous impliquer ou à son casting absolument formidable auquel on ne peut que s'identifier à travers les âges (Max Boublil et Alice Isaaz en tête) mais c'est peut-être parce qu'il raconte tout simplement une part de nous, et qu'il la raconte diablement bien, que le cœur du film fait autant battre le nôtre. La meilleure preuve ? Alors que l'on revisionne déjà mentalement les cassettes de Max en sortant du film, on se surprend en parallèle à souffler sur la poussière des nôtres, endormies depuis longtemps sur une étagère de notre esprit, avec une furieuse envie de les redécouvrir...

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