Un film sur ma vie

Avis sur Play

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Anthony Marciano commence plutôt bien l'année 2020 avec son troisième long-métrage qui se hisse sans aucun problème au-dessus des deux précédents. Effectivement, la filmographie du bonhomme m'inquiétait quelque peu mais un ami de confiance me conseilla vivement le visionnage. Je ne suis pas déçu du résultat. Si « Les Gamins » pouvait se vanter de la présence insoupçonnable d'Iggy Pop mais surtout d'une bande-originale absolument délicieuse - quelle bonne idée d'avoir fait reprendre toutes ces chansons par une chorale mixte, dont certaines sont même meilleures que les originales -, le second métrage de Marciano, « Robin des bois, la véritable histoire » fut un échec cuisant de médiocrité. Voilà pourquoi, sachant cela, « Play » est une agréable surprise.

Le film s'inscrit à la fois comme une comédie romantique française très honorable et comme un exercice de style rafraîchissant par l'usage exclusif du found footage. En effet, ce style de réalisation était jusqu'alors quasiment monopolisé par le documentaire-fiction et le film d'épouvante, il est donc surprenant, dans le bon sens du terme, de voir cela sur un genre narratif caractérisé par le comique. En outre, la force du long-métrage est de ne pas se concentrer uniquement sur la nostalgie que le spectateur trentenaire/quarantenaire pourrait ressentir mais de venir rendre hommage à la vie par le souvenir. Le souvenir d'une époque (années 90 et 2000), le souvenir d'une jeunesse vécue naïvement mais pleinement, le souvenir que la vie évolue inexorablement même s'il est parfois compliqué ou douloureux de s'en rappeler.

À travers cette mosaïque numérique de souvenirs, « Play » ne tombe pas dans le message stéréotypé et facile du « c'était mieux avant » - même si c'est vrai pour nombre de choses... mais il s'agit-là d'un autre débat - ; bien au contraire, l'œuvre rappelle sans cesse qu'il ne faut pas oublier de grandir, comme nos personnages qui comprennent un peu tardivement qu'ils sont devenus des adultes avec tout ce que cela implique, et que la société n'est plus ce qu'elle était vingt ans auparavant. L'enchaînement chronologique de toutes ces séquences fictives de la vie de Max et de ses amis n'est absolument pas un retour en arrière, il s'agit plutôt du besoin de comprendre d'où l'on vient pour savoir où l'on va. C'est d'ailleurs ce que va faire le personnage de Max Boublil : revisionner les 25 dernières années de sa vie pour voir et comprendre ce qui n'a pas fonctionné afin de réajuster la trajectoire de son avenir.

Certains diront que le dénouement est cousu de fil blanc, et c'est le cas, mais cela n'est pas un défaut en soi puisque l'on parle en fait du sel qui constitue cette histoire. L'accent est porté sur l'instant, sur l'émotion, sur le partage, sur le temps qui passe... tant de choses qui finalement, mises bout à bout, composent ce que l'on pourrait appeler « vivre ». Et s'il y a bien une thématique qui suinte du début à la fin de ces images, c'est bien celle de la vie et de ses étapes. Le film se réapproprie parfaitement toutes les phases de l'évolution individuelle, de la puberté et la maturité de l'âge adulte, à travers les yeux d'une génération et de tous les éléments qui en forment l'essence : les premières conneries entre potes, les premiers pas dans la sexualité, les premières relations en couple, les premiers boulots, les premiers enfants... la découverte de ce qu'est l'existence humaine.

En parallèle, « Play » s'amuse avec le spectateur à décortiquer les codes qui régissent la culture d'une génération. Une génération de personnes nées dans les années 1980, une génération qui grandit avec les groupes de métal et de rock 'n' roll comme Slipknot ou Pixies, qui assista à l'apparition de la Playstation, qui découvrit certains films désormais cultes comme « Terminator » ou « Fight Club »... Que l'on ait vécu cette époque ou non, le plaisir d'écouter cette bande-originale composée de morceaux mythiques et d'observer les nombreuses références culturelles qui sont insérées dans la trame reste le même. De la nostalgie, de la joie, de la tristesse... un sourire, une larme, un souvenir... voilà ce qui caractérise le long-métrage de Marciano. C'est l'émotion. C'est tout simplement la vie. Je me suis moi-même surpris à être émotionnellement touché par le film et le message qu'il véhicule. Ce que l'on voit et somme toute terriblement banal, mais tellement criant de réalité que cela en devient presque bouleversant. La communication émotionnelle se fait merveilleusement bien avec le spectateur car le métrage aborde des thématiques universelles et utilise des techniques de réalisation qui favorisent l'identification et la foi que l'on peut avoir en ce que l'on voit (le found footage, l'usage de comédiens amateurs, la reconstitution aux petits oignons, la mise en scène millimétrée pour que l'on pense que toutes les images sont d'authentiques prises de vue...).

Ce qui fait que « Play » est un film techniquement bon et intéressant, ce sont tous les petits détails qui démontrent bien l'intensité du travail effectué et l'honnêteté de la démarche artistique. Marciano et Boublil n'ont pas cherché la facilité et cela est toujours quelque chose de louable. On sent vraiment cette ténacité à vouloir rendre le propos le plus crédible possible, que cela passe par les décors, les costumes, les coiffures, les accessoires... Le travail de reconstitution est très propre, on se croirait vraiment dans un appartement parisien modeste du début des années 1980. Ils sont allés nous chercher un sacré matériel pour reconstruire ces décors débordant de nostalgie, du papier-peint aux vêtements, du multimédia aux véhicules jusqu'à l'électroménager dans les intérieurs. Ce qui est frappant, c'est l'incroyable ressemblance entre les trois « générations » d'acteurs, jusqu'à, enfin presque, nous faire croire que ce sont vraiment les mêmes personnes qui sont filmées depuis 25 ans. La direction artistique a consacré 9 mois à la sélection des comédiens, privilégiant les non initiés à l'actorat pour gagner en spontanéité face à la caméra. 3000 extraits vidéo d'acteurs amateurs furent nécessaires à la décision finale qui s'avèrent, en définitive, être très pertinente. Si l'image peut laisser présager un manque de moyen, la réalité est toute autre. Le métrage fut enregistré, d'une part, sur Hi-8 puis numérisé, et d'une autre part, sur des caméras numériques professionnelles avant d'être transféré sur bandes analogiques. L'aspect visuel n'est pas en reste et retranscrit parfaitement la volonté du réalisateur d'être vintage.

Sans transcender l'âme du spectateur, « Play » est un long-métrage plein de bonnes idées et de petits détails qui ont leur charme et leur importance. C'est un film assez simple finalement, mais ce dernier ne manquera pas de nous transmettre son message et sa nostalgie, faisant naître subrepticement une émotion, ou plusieurs. C'est un film qui prouve qu'Anthony Marciano peut être un bon réalisateur, un réalisateur qui a quelque chose à montrer. C'est un film qui témoigne que, malgré son image de guignol - elle-même causée par sa carrière de chanteur parodique, son statut d'humoriste et quelques mauvais films dans lequel il a joué -, Max Boublil peut être un bon comédien, un comédien sincère. Enfin, si parfois ce qui fait l'essence du métrage se fait légèrement envahir par l'aspect « comédie romantique » ou bien le côté potache de l'humour - témoignant de l'immaturité de personnage de Max qui va devoir revenir sur sa vie afin de pouvoir aller plus loin -, c'est un film qui, finalement, nous clame haut et fort de profiter de chaque instant sans regretter les actes passés. Il faut vivre. C'est d'ailleurs ce que dira Max à la fin de l'histoire, après avoir revécu virtuellement ses 25 dernières années, et avant de rejoindre Emma et d'enfin avoir le courage de lui déclarer son amour. C'est à ce moment-là que Max réussit à se détacher de sa nostalgie, de son passé et des entraves qui en découlent, pour décider de grandir.

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