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Prise d'otage en zone urbaine

Avis sur Play

Avatar Volte
Critique publiée par le

Ce Play est de la nitroglycérine. A manipuler avec une extrême précaution, donc. Le film aborde de manière frontale une double problématique, celle du racisme et des classes sociales en Suède. Avançons sur la pointe des pieds car le sujet a tendance à déchaîner les ardeurs dans nos contrées. Le synopsis du film pourrait être le suivant : un groupe de garçons en rackette un autre mais ce serait oublier (volontairement, je crois) les origines sociales et ethniques des deux groupes qui s'opposent. Vous comprenez mieux ma prudence avant de m’élancer, vaillant, dans l’analyse de ce long métrage politiquement incorrect et inspiré de faits réels (spoilers à suivre…)

D’un point de vue technique, Play est remarquable. L’enchaînement des plans-séquences, des longs plans fixes et la gestion minutieuse du hors-champ créent une atmosphère suffocante. Si l’on ajoute à cela le rapport de force constant entre les protagonistes, nous obtenons un film clairement anxiogène. Celui-ci débute par un plan révélateur sur nos victimes du jour, trois parfaits petits consommateurs que l’on devine issus de la classe moyenne. Ils voguent au cœur d’une galerie marchande, emplettes en main quand l’un d’eux perd cinq-cents couronnes (monnaie suédoise, l’équivalent de soixante euros) mais ne semble pas s’en offusquer outre mesure. « Cinq-cents couronnes ? On dirait que tu t’en fous. Tu pourrais dire ‘oh non !’ » lui rétorque son camarade. Cet évènement anodin symbolise cette jeunesse initiée à la consommation que Clouscard dépeint à merveille dans son Capitalisme de la Séduction. Les trois gamins possèdent tout l’attirail du parfait initié : vêtements de marque, Iphone, mp3 et deviennent alors des proies idéales.

De l’autre bord, nous avons la bande d’agresseurs. Immigrés, violents et manipulateurs. Des prédateurs en quête de gamins à dépouiller via un stratagème bien rodé. C’est sur ce point qu’il convient de ne pas tomber dans l’amalgame qui nous tend désespérément les bras. L’esprit étroit pourrait hâtivement conclure une bêtise du genre : « l’immigré basané est donc synonyme de voleur » alors que le propos du film paraît bien plus complexe. Le petit noir et le petit blanc sont en réalité victimes d’un même système, celui de « l’avoir », du « posséder » à tout prix. Se joue alors dans Play (« jouer ») un simulacre de lutte des classes. D’un côté, les agressés sont otages naïfs et vulnérables. Consommateurs émasculés, ils possèdent mais sont soumis, incapables de se révolter face à l’oppresseur. De l’autre, la bande organisée qui obtient par la force et la ruse. Cette bande en vient même à prendre en otage ses propres membres. Pour preuve, la sanction immédiate réservée à celui qui ose s’écarter du groupe durant le rituel de "dépouillage". Eux aussi sont victimes, puisque leur condition sociale les contraint à déposséder pour posséder. Premiers pas vers la délinquance et les suites fâcheuses qui en découleront.

Le danger (et la force) de Play réside en ce point précis : le réalisateur ne semble pas prendre position, préférant livrer un constat brut et sans concession. Au spectateur d’interpréter et de se forger une opinion sur ce qu’il voit. Personnellement, j’ai cru percevoir une fracture nette se dessiner entre la jeunesse et le monde adulte. Au cours du film, l’adulte n’intervient que pour réprimer de manière injuste et toujours a posteriori. A aucun moment, il ne protège ou éduque. La grande bande des agressés et des agresseurs déambule ensemble au cœur de la ville pendant des heures et apparaît coupée du monde. Au final, personne ne s’inquiète, ne s’interroge sur les vagabondages incessants de cette jeunesse, comme livrée à son sort.

outbuster
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