Retour vers le passé.

Avis sur Pocahontas : Une légende indienne

Avatar Galadriel
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L'ayant revu hier avec mes yeux de seize ans, je me lance donc dans une analyse personnelle (et longue) de ce dessin animé qui me laisse un souvenir particulier. Avis à ceux qui ne l'ont pas encore vu : je suis obligée de truffer cette critique de spoilers.

Procédons méthodiquement. Premièrement, petit récapitulatif de l'histoire. An 1607, un navire anglais part pour la Virginie (Amérique du Nord) dans le but de trouver de l'or. La compagnie est menée par Ratcliffe, un gouverneur avide de richesses et de pouvoir, qui compte garder pour lui tout l'or trouvé par les matelots. Le navire embarque aussi le capitaine John Smith, un aventurier déjà connaisseur des "nouveaux mondes". Arrivés en Virginie, les colons anglais se heurtent à la civilisation indienne, et Smith rencontre Pocahontas, la fille du chef des indiens. Leur histoire d'amour va bien sûr être mise à mal par les rivalités et les tensions entre les deux peuples, mais elle triomphera pour amener les hommes à la paix.
C'est tiré d'une histoire vraie, je vous laisse regarder ça sur Internet.

Maintenant que l'intrigue est en place, j'aimerais dégager d'abord les petits points faibles du film, puis ensuite les points forts, qui sont ceux que je retiens.

Les faiblesses du film se trouvent en fait, pour moi, dans un simple mot : Disney. À la base, c'est un dessin animé pour enfants, il a donc fallu intégrer les ingrédients types de ce genre pour plaire aux bambins, d'où l'histoire d'amour entre Pocahontas et Smith.
Ce qui nous amène au second ingrédient : des personnages aux caractères bien identifiables, afin que les enfants sachent qui est le gentil, qui est le méchant. Prenons l'exemple de Ratcliffe. Des traits durs, une voix grave, une grande taille, il est imposant voire carrément gigantesque du buste, dès sa première chanson son caractère avide est révélé : c'est le méchant, le destructeur, l'égoïste. Pocahontas, quand à elle, c'est la fille libre, éprise de justice et de paix, qui veut vivre sa destinée. Elle respecte les hommes, les animaux, la nature : c'est l'héroïne, le visage du bien.
Ces caractère amplifiés sont un point faible dans le sens où ils caricaturent et ne laissent pas le spectateur découvrir réellement ces personnages. Pourtant, cela peu aussi devenir une force, puisque ça permet d'introduire l'humour à petites doses bien choisies (le serviteur de Ratcliffe, avec ses répliques très véridiques sur un ton adorable est très amusant) ou de dénoncer certains vices engendrés par la soif de pouvoir, comme l'avarice ou la cupidité.

Je vois une autre faille dans la résolution trop rapide et facile, et dans la rencontre éclair des deux héros. Tout ça va vite, très vite, Pocahontas passe de la peur de cet étranger au sentiment amoureux en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Quant à la résolution de la guerre prévue entre les deux peuples, elle me laisse sur ma faim. Les deux clans s'opposent tandis qu'au sommet d'un promontoire rocheux, le chef des indiens s'apprête à exécuter Smith. Au moment où il amorce son geste, sa fille arrive et se jette sur le prisonnier. Petit discours de paix et d'amour, le père s'incline et rend les armes. J'ironise sur le dialogue, pourtant chaque mot résonne d'une manière magnifique. J'aurais juste aimé que ça dure un peu plus, mais rappelons que nous sommes dans un film pour enfants, il ne faut pas leur en imposer trop...

Vous êtes toujours là ? Allons, encore un peu de courage, passons aux points forts du film.

Parlons musique. Oscar de la meilleur chanson pour Colors of the Wind (L'Air du Vent en français) et oscar de la meilleure musique pour une comédie ou comédie musicale attribué à Alan Menken Et Stephen Schwartz. Amplement mérités. Ces musiques ont une âme.
Saluons l'adaptation française qui a su transposer des paroles magnifiques sur un son juste excellent. Les notes résonnent et trouvent un écho dans chaque esprit. Les rythmes sont entêtants, fluides, chacun s'accorde avec les scènes qu'il accompagne, véritables reflets des images. Je prends en exemple la scène où Kocoum tente de tuer Smith après qu'il ait surpris Pocahontas dans ses bras. Là, la symbiose est étonnante, en fait il suffit d'écouter la musique ("L'escarmouche" dans la BO) et en fermant les yeux, on peut ressentir la fureur de Kocoum, le poignard qui s'approche de Smith, et le coup de feu de Thomas qui met fin au morceau. Quant aux paroles des chansons, elles sont très différentes de ce que l'on peut attendre d'un Disney. Vous vous rappelez le "Un jour mon prince viendra..." ? Et bien ici, nous avons à la place "Au Détour de la Rivière", porté par un texte plus poétique. "Je voudrais tant m'évader, Voyageur, sur la rivière de ton coeur...".
L'Air du Vent est une petite merveille. Je ne citerais pas toute les paroles, mais allez les voir, c'est parlant. La musique au service d'un message de tolérance et de respect de la nature. C'est enivrant, on en ressort des étoiles dans les yeux. Là intervient un sentiment que je ne peux décrire. Peut-être n'appartient-il qu'à moi. Cette chanson résonne en moi, il se passe quelque chose, une émotion. Inexplicable. Tout comme la musique instrumentale que l'on entend lorsque Pocahontas lance un dernier adieu à Smith du haut du rocher qui surplombe le fleuve. Avec les couleurs (du vent) et l'ambiance, c'est terrible comme on a envie de retenir ces instants. Beaucoup d'émotions passent, et les sanglots montent vite à la gorge, rien qu'à l'écoute de la musique (piste 26 de la BO : "L'adieu").
Je me dois aussi de parler de la chanson "Des Sauvages". Etant enfant, je n'avais retenu que le rythme retentissant, comme un appel terrifiant. Mais c'est un chant de guerre, avec des paroles absolument terribles. "Il n'y a rien à faire avec ces païens d'indiens, c'est une race de vipères, de bons à rien, il faut tuer ces bêtes d'une balle dans la tête, la vermine, moi je l'extermine/ Tous des sauvages, des sauvages, même pas des êtres humains / [...] Puisqu'ils ne sont pas blancs, ils sont forcément méchants / [...] Nous avions raison, l'homme blanc est un démon, le seul dieu qu'il adore encore, c'est l'or. Dessous sa peau de lys, ses vices se glissent, il sème la mort sans remords / [...] Ils ne sont pas comme nous, méfions-nous de ces voyous [...] / Qu'ils aillent tous en enfer". La deuxième partie est tout aussi violente: "Voyons si leur sang est rouge ou blanc / [...] Détruisons cette race, qu'il n'en reste aucune trace, battons les tambours de guerre [...]". Le ton est donné, c'est un appel à la guerre. La violence de ces paroles tranche avec le caractère Disney du début du film. J'avoue que ça m'a choqué, mais cette barbarie dans les mots est suivie des paroles de Pocahontas, porteuse d'espoir et d'un message de tolérance et d'amour. Ce qui ne le rend que plus fort.

Par la musique, le film transmet des sentiments très forts. C'est elle qui prend le pas sur les dialogues. La BO est à écouter, attentivement. Je m'incline, c'est le seul dessin animé où je l'ai plus retenue que les images.
Néanmoins les couleurs aussi m'avaient frappé déjà petite par leur intensité. Autant dans les tons chauds que froids, la palette offerte dans le film est somptueuse et semble peinte par les notes de musique. L'oreille et le regard sont en accord.

On ressort grandi de ce film. Ceux qui diront que c'est juste un truc écolo bidon n'ont absolument rien compris, mais moi-même je ne capte pas toujours les bonnes choses dans les films, à l'exemple de Wall-E. Je laisse donc à chacun la liberté de se forger son opinion. Mais j'expose la mienne.
Le film évoque les ravages que peuvent provoquer la haine, la peur de l'inconnu, l'incompréhension et l'ignorance entre deux peuples. Mais il délivre aussi un message d'espoir. La paix est possible, il suffit à chacun de choisir le bon chemin, et non pas celui de la guerre qui mène à la violence. Je cite L'Air du Vent : "les créatures de la nature ont besoin d'air pur, peu importe la couleur de leur peau". Et cela passe bien avant l'idée "écolo". La morale est le respect de tous, Homme et Nature. On aime ou on aime pas la mise en forme, mais on ne peut pas reprocher à Disney cette volonté de faire réfléchir sur un point aussi crucial que la tolérance. Moi je dis bravo, d'autant plus que, ayant saisi la portée du film, l'histoire d'amour ne devient plus qu'un simple élément de l'intrigue amenant à la résolution finale, et non plus l'élément crucial.

Et puis franchement, moi je trouve Pocahontas bien plus classe que les autres princesses Disney. Libre, elle suit sa voie, elle se bat pour ses croyances, elle choisit d'aimer tout en restant fidèle à ses origines... C'est bien plus moderne que la Belle au Bois dormant.

Et voilà une fin qui m'a ravie. Pocahontas choisit de rester auprès de son peuple, elle sait que sa place est là et qu'il faut que celui qu'elle aime parte pour qu'il vive. La dernière image est celle d'un adieu, pourtant ça ne termine pas mal. C'est une fin réaliste. Belle réussite.

Pocahontas reste un de mes Disney préférés, sans doute celui qui me fait le plus rêver et réfléchir, ce d'autant plus que, l'ayant revu il y a peu, je peux l'affirmer vraiment et justifier ce choix.

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