Course polaire

Avis sur Point limite zéro

Avatar zombiraptor
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Je n'ai aucun attrait particulier pour les voitures et autre véhicules aux gros moteurs vrombissants. A vrai dire, j'en ai même rien à cirer au quotidien. Par contre, il est peu de choses que je trouve aussi cinégénique qu'une bonne course-poursuite, lorsque c'est bien amené et mené, quand bolide et pilote, boulons et nerfs arrivent à trouver cette alchimie flambante respirant la liberté et la démence à plein nasaux.

Comme la boxe sur d'autres pellicules, la course, quelle qu'elle soit m'est aussi inconnue que fascinante, pour peu qu'elle soit pensée avec un savoir faire de mise en scène à la hauteur de sa puissance extatique. Et en ce sens, Vanishing Point est un nectar.

Quelques rires échangés, une poignée de substances ingérées, un pari à la con, et le megalodon de l'asphalte ouvre son gosier sans fond pour l'entièreté des 90 minutes qui suivront, Gargantua vorace asservi à la vitesse et au danger, aliéné de passion, trouvant dans cette euphorie ordalique, valse effroyable avec la mort et gigue taquine avec la vie, l'envol déraisonné d'une âme libérée et la hargne vicieuse du funambule enivré.

Il n'y a pas beaucoup plus à chercher ici qu'une orgie de bitume, de sable et de sueur jusqu'à l'overdose, le tout sous les hurlements des moteurs, les crissements des pneus et les déblatérations inspirées d'une radio parfois chantante, parfois poétique, souvent prophétique. L'anguille fuyant dans son désert et la voix enfermée dans sa boite se retrouvant pour une osmose aveugle.
C'est mené avec avidité, sans le moindre temps mort, jouissif et haletant, faisant le peu qu'il faut pour tailler son héros de glace à l'aura insaisissable dans une gorgée de flashbacks, mélange improbable d'ange blanc et de démon souillé, survolant les états poussiéreux d'un léger sourire ironique vers son inexorable destinée sous les yeux embués et perdus de ses inlassables assaillants.

Un divertissement de très haut vol, une mise en scène implacable, solide et astucieuse qui fait de ce banquet de goudron et d'essence une oeuvre aussi explosive que plaisante, se hissant parmi les plus hauts classiques du genre. Le bolide blanc, métal froid et intouchable fendant l'air lourd de poussière sans trouver la moindre rivalité, jusqu'à ce que fou furieux et carcasse de feu trouvent leur intime union dans leur apogée.

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