Détective Piklichés

Avis sur Pokémon Détective Pikachu

Avatar Sonicvic
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5 avril 2000. Une génération entière de jeunes enfants au cerveau formaté par TF1 regarde dans la même direction, celle de l'écran de cinéma de leur quartier. Devant leurs yeux, leur héros Sacha rencontre Mewtwo, le Pokémon ultime, teasé dans quelques épisodes de l'animé. A la suite d'1h30 de rires, de pleurs et de soda vendu à un prix abusif, tous ressortent de la salle avec la sensation d'avoir vu le meilleur film du monde.
Et petit à petit commence à se propager une idée folle dans les cours de récré : et si le prochain film Pokémon était tourné avec de vrais acteurs, comme le génial Stuart Little (innocents qu'ils étaient) ?

Les années passent, et si un film est livré chaque année sans faute par la Pokémon Company, aucun n'est en prise de vue réelle. Ce sera finalement Warner Bros qui livrera ce fantasme ultime, près de 20 ans après la transformation en pierre de Sacha.
Alors qu'on s'attendait tous à ce que le film soit une adaptation de l'animé ou des jeux canoniques, il se trouve que celui-ci suivra plutôt le scénario de Détective Pikachu, un spin-off mineur sorti au Japon il y a 3 ans et l'année dernière chez nous dans l'indifférence totale. Choix audacieux, mais somme toute logique de la part de la Pokémon Company qui n'a sans doute pas voulu risquer trop gros en confiant ses personnages les plus connus à la Warner. Le studio s'en est-il sorti malgré cet handicap ? Ai-je eu raison de claquer plus de 10 balles pour le voir 3 jours avant sa sortie ? Pourquoi ne parle-t-on pas de blackwashing quand un acteur métisse joue un personnage qui était blanc dans le jeu ? Autant de questions auxquelles je vais tenter de répondre.

Rhyme City - Home. At least it was before i fucked everything up.

Le film nous narre donc l'histoire de Tim Goodman (un nom à peu près aussi original que John Smith ou François Dupont), un jeune homme de 20 ans qui apprend que son détective de père est mort en mission aux côtés de son Pokémon partenaire. Alors qu'il vide l'appartement de son daron, il y rencontre un Pikachu parlant qui se révèle être le compagnon de son père. Mais si le Pikachu est vivant, cela ne signifie-t-il pas que son père l'est aussi ?
Avec ce rayon d'espoir, Tim se lance à la recherche de son géniteur avec son partenaire. Pourra-t-il percer les mystères qui flottent autour de Rhyme City ?

Si l'histoire vous paraît classique dans les grandes lignes, mauvaise nouvelle, c'est encore pire ensuite. Tous les clichés du téléfilm Gulli sont là : la journaliste un peu distante qui deviendra la copine du héros, le méchant directeur d'une société qui contrôle toute la ville, des policiers aveugles, une grosse baston finale... Si vous avez vu n'importe quel film policier sorti ces 40 dernières années, vous n'aurez aucune surprise durant l'intrigue.
Je ne m'attendais pas spécialement à ce que les scénaristes réinventent l'eau tiède, mais là ils ont fait preuve d'énormément de fainéantise. Et c'est un peu dommage parce qu'aucun de ces schémas n'est traité avec humour ou originalité, tout le film est traité au premier degré.

Cela dit, j'apprécie de voir un monde de Pokémon un peu plus profond que dans les jeux ou l'animé. Au fil du film, on découvre des combats de rue, des labos clandestins, des luttes de pouvoir... C'est là qu'on se rend compte qu'à cause de la paresse de Game Freak en ce qui concerne le worldbuilding de sa série fétiche, on ne connaît rien des lieux qu'on visite dans les jeux. Et ça fait du bien de voir qu'une société existe, avec des gens qui font des boulots de merde tout en étant aux côtés des Pokémon. C'est basique mais appréciable.

Ce qui est moins appréciable par contre, c'est cette impression que le film a été tourné intégralement sur fond vert. Normal vu que les humains interagissent beaucoup avec des créatures numériques, mais ça rend certaines de leurs interactions fausses.
Par exemple, dans la deuxième scène du film, Tim se fait pourchasser par un Osselait. C'est petit un Osselait. Ca a pas beaucoup de muscles.
L'Osselait lance son os sur Tim. L'os atterrit juste à côté de Tim et...explose ? Un énorme paquet de terre est soulevé en tout cas (beaucoup trop vu la musculature d'Osselait).
Réaction de Tim ? Il tombe mollement. Et sur le plan suivant, il est parfaitement bien et époussette sa chemise.
Justice Smith était sans doute dirigé par des personnes pensant à juste titre qu'un Osselait ne pouvait pas faire beaucoup de dégâts. Sauf qu'en post-prod, ils ont décidé de lui faire lancer des os fourrés à la dynamite. Résultat, on a un énorme contraste entre la violence de l'explosion et l'impact qu'elle a sur le personnage, et ça m'a sorti tout de suite du film. Et ce genre d'interactions bizarres, on en a plein pendant le film ! Et ça, c'est un peu con quand le premier mot sur l'affiche de ton film est "Pokémon".

HD, 4K, 60fps

D'ailleurs, qu'en est-il du traitement de la licence et de ses bestioles ?
Eh ben en fait, le problème c'est que les Pokémon ne servent un peu à rien dans le film. Oui, Mewtwo est au centre de l'intrigue, mais il pourrait littéralement être remplacé par un casque de réalité virtuelle que ça ne changerait rien à l'intrigue.
On les voit faire des petits boulots (un Mackogneur policier, un Ludicolo barman...) et c'est très rigolo, mais ils sont toujours au second plan. Très peu utilisent des attaques pendant le film (Pikachu est privé de ses pouvoirs pendant 80% du déroulé d'ailleurs) et très peu sont des alliés ou des ennemis des héros, ils sont juste là pour faire joli. Grosse occasion ratée donc, c'était mieux traité dans le jeu (du peu que j'en ai vu) où les affaires impliquaient de savoir analyser les comportements des différentes espèces.

Notez au passage que "faire joli" dépendra beaucoup du ressenti du spectateur vis-à-vis du design des bestioles. J'ai vraiment eu peur quand j'ai vu l'ultra-réalisme des bande-annonces, mais au final on s'habitue. Je trouve que les Pokémon oiseaux (Gueriaigle, Roucarnage...) et les lisses (Mackogneur, Métamorph...) rendent extrêmement bien, mais les Pokémon à écailles (Dracaufeu, Amphinobi...) sont plus dérangeants. Heureusement, Pikachu et Psykokwak (le deuxième Pokémon le plus présent) sont très chouettes, et vu que c'est surtout eux qu'on voit, ça permet d'oublier les quelques ratés.

Par contre, et c'est le moment d'inaugurer notre rubrique "Arrêtez d'être fidèles au matériau d'origine si c'est incohérent", on voit à plusieurs reprises des représentations des Pokémon fidèles à la série principale, que ce soit via des artworks en ou les ballons géants vus dans une bande-annonce. Alors certes, on peut trouver plein de manières de dessiner des animaux dans notre monde (réalistes, cartoonesques, minimalistes...), mais j'ai du mal à croire que la représentation la plus répandue d'un Tortank de ce genre soit un dessin sans rides et avec des yeux disproportionnés (cet artwork apparaît plusieurs fois en arrière-plan). Je ne comprends pas l'intérêt de s'emmerder à redesigner une centaine de bestioles si c'est pour les mettre juste à côté de leurs formes les plus iconiques.
On peut aussi parler du générique de la saison 1. Assez vite, on entend un remix instrumental servir de jingle à un JT. On se dit qu'il va être réutilisé à outrance et on se méfie, avant de constater qu'il n'est plus utilisé de tout le film. Juste au moment où je me suis dis que finalement, c'était un clin d'oeil sympa et pas forcé, v'là-t-y-pas que Pikachu se met à chanter le refrain. C'est gratuit, pas justifié ni même utilisé pour introduire un élément scénaristique, non, t'as juste 20 secondes de Pikachu en gros plan qui chante le générique. Pourquoi avoir fait ça ? On ne le saura jamais.

Concluons cette partie sur l'utilisation des Pokémon par une remarque : quasiment tous les Pokémon importants à l'intrigue viennent de la 1G. Je m'y attendais, je sais que Game Freak est particulièrement fondu de nostalgie en ce moment, mais c'est tout de même triste.
Alors oui, on croise des Pokémon de toutes les générations en arrière-plan, mais ceux qui interviennent vraiment dans l'histoire (Mr.Mime, Dracaufeu, Psykokwak...) sont de la 1G, à deux exceptions près (Amphinobi et Torterra). C'est chiant, d'autant que le Ludicolo de la bande-annonce m'avait bien fait marrer, je voulais le voir plus !

Ce n'est pas très efficace

Spoil de la fin avant de conclure, parce que désolé mais c'est incohérent :

Donc, le père de Tim était dans Pikachu pendant tout ce temps, pourquoi pas. Mais du coup, comment Tim a fait pour ne pas reconnaître la voix de son daron ? Qu'il ne l'ait pas vu depuis 8 ans je veux bien, mais il en avait quand même un vague souvenir, non ?

Détective Pikachu est loin d'être une expérience inoubliable. Le projet était plein de promesses, mais le produit final se noie dans une intrigue banale et avec un peu trop de fan-service à mon goût. Reste le traitement réaliste des Pokémon qui est sympa (et fidèle à leur modèle d'origine, contrairement à Sonic...) et la vision de la société du Pokémonde qui a le mérite d'être rafraîchissante après 23 ans d'intrigues à l'eau de rose.

Je salue en revanche la campagne promotionnelle du film qui m'a vraiment poussé à aller le voir, c'était pourtant pas gagné à la base ! Ryan Reynolds qui cabotine à fond sur YT n'y est pas étranger...
Notez que Warner a sous-entendu qu'un univers cinématographique Pokémon pourrait être mis en place si ce premier film est une réussite. On nous promet déjà un film sur les origines de Mewtwo et une adaptation de l'histoire de Pokémon Rouge et Bleu. Pourquoi pas, mais va falloir embaucher de vrais scénaristes si vous voulez lancer des projets aussi attendus, les gars !

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