Attention les secousses

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... et gare à la syncope !
C'est particulièrement évident dans la scène de poursuite de voitures, une figure quasi imposée chez Friedkin, totalement maîtrisée, sous la caméra virtuose et sous l'oeil expert du maître, le spectateur est chahuté comme dans les loopings du grand huit. Et ce n'est pas une redite de ses précédents opus : poursuivis et poursuivants, sur deux routes en surplomb et parfaitement parallèles, un mouvement rapide de caméra, à peine flou, sur murets grisâtres, avec une rotation non perceptible de 45° ... et les deux véhicules finissent par se croiser et réduire à néant toutes nos certitudes géométriques. Il y a mieux. On n'assiste pas à une poursuite, mais à des poursuites enchaînées sans répit. A peine les poursuivis ont-ils réussi à semer leurs poursuivants, en jouant de façon encore plus virtuose du passage d'un train, que surgissent de partout de nouveaux véhicules et que tout recommence ...

On a compris, Friedkin ne se soucie pas, pas du tout, de la moindre vraisemblance.

Danger syncope.
"Syncopé", c'est le commentaire, lapidaire et définitif, qui, pourrait suffire à résumer le film. Toutes les scènes sont aussi brèves que possibles, strictement centrées sur l'action, sans laisser la moindre place à la réflexion ni même au suspense. Un flic est à la merci d'un truand qui pointe son flingue sur lui. On n'aura pas le temps de se demander s'il y aura un coup de théâtre, si le meurtre aura bien lieu - le coup de feu est déjà parti et l'homme est mort. Il faut que tout s'enchaîne le plus vite possible - et si possible dans la plus grande confusion.

Les scènes sont ainsi juxtaposées sans aucun souci de cohérence. Friedkin en fait se contrefout de son récit et de son scénario (d'ailleurs sans intérêt). Ainsi, pour en juger, des nombreuses scènes, dispersées au long du film avec John Turturro.

1. Il est intercepté par la police au début du film dans le but d'obtenir des informations sur un dangereux faux-monnayeur. Mais il ne donne jamais personne.
2. Le faux-monnayeur veut quand même sa tête et recrute donc des truands pour le faire liquider en prison.
3. Il paye les exécutants en faux billets.
4. Ils échouent lamentablement mais comme ils ne peuvent pas rembourser l'avance (en faux-billets !) le commanditaire (qui lui tient absolument à sa fausse monnaie) les liquide sauvagement.
5. Turturro ne parle pas pour autant (!) alors le flic "héros" (William Petersen) obtient de le faire libérer de façon tout à fait illégale.
6. Turturro lui échappe immédiatement - et personne ne semble en vouloir au flic.
è. Il retrouve Turturro '(ue tout le monde avait oublié) bien plus tard (on ne sait pas trop comment), le neutralise à nouveau, et cela n'a absolument aucune incidence sur la suite de l'histoire.

En clair toutes ces séquences auront été totalement inutiles - et c'est le cas de multiples scènes : le grand méchant (interprétation bâclée de Willem Dafoe) est aussi un grand artiste tourmenté qui brûle de façon assez spectaculaire une de ses toiles, et cette thématique ne reviendra plus du film ... et tout est à l'avenant : personnages sortis de nulle part - une espèce de freak, entre naine et cul de jatte, immédiatement exclue du récit, un Asiatique truand ou flic ou les deux, pour un fragment d'histoire sans aucun rapport avec le thème principal, les fesses de Willem Dafoe entraperçues deux ou trois fois sans raisons particulières (en tout cas scénaristiques) ...

Les personnages même sont très mal identifiés - on ne saura jamais si William Petersen interprète un flic très brillant ou très nul, s'il est définitivement exemplaire ou totalement ripou ...

En fait Friedkin ne s'intéresse pas plus à son récit qu'à ses personnages, ni même à ses acteurs. Ceux-ci brillent en effet par leur manque total de charisme (William Petersen, John Pankow) ou bien sont totalement à côté du rôle (Dafoe) ou encore n'ont rien à défendre (les femmes). Tout cela n'a évidemment aucun sens (il est vrai que le film commence par un Allah wakbar tonitruant et s'achève sur le départ vers on ne sait où des personnages secondaires), tout cela n'a aucun sens et Friedkin s'en fout.

Seule compte sa mise en scène, effectivement magistrale. On a déjà évoqué le parti pris du montage, totalement syncopé, presque expressionniste, évacuant toute tentation psychologique et toute subtilité narrative. Et toute la réalisation est à l'avenant : de la photographie, parfois poisseuse, parfois très belle à l'impressionnante bande son (ainsi de la scène, pas vraiment documentaire, où l'on découvre le faux monnayeur en action, aux bruitages assourdissants et très complexes). Et la musique, pas franchement belle mais très speed colle parfaitement au rythme insensé du film. Le récit est sans doute assez bâclé mais c'est la mise en scène qui fait office de récit. Impressionnante. Trépidante.
Gare à la syncope ...

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