Du sang gravé dans la neige

Avis sur Polytechnique

Avatar Rémi Savaton
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La neige recouvre Montréal en ce mois de décembre. Les examens approche dans les grandes écoles supérieurs. Celle de Polytechnique, sera marqué par horrible drame qui va lui être indélébile.

Sorti en 2009, Denis Villeneuve retrace avec Polytechnique la tuerie de L'Ecole polytechnique de Montréal, à travers le prisme de deux étudiants, Valérie ( Karine Vanasse ) et Jean-François ( Sébastien Huberdeau ).

Le cinéaste Canadien n'est plus à présenté aujourd'hui, s'étant vraiment fais un nom parmi les meilleurs réalisateurs nord-américains. Polytechnique s'avoue véritablement comme fondateur, en prenant un parti pris qui va l'inspirer pour ses prochaines œuvres : l'humain, ses rapports et sa complexité, en plein cœur du chaos.
C'est comme cela qui l'aborde cette histoire tragique, à travers se qu'on pourrait qualifier de trois partis : l'avant, le pendant et l’après tuerie. Et c'est dans cela que le film se démarque d'une autre œuvres traitant du même propos : Elephant de Gus Van Sant.

La premières partie se distingue par son traitement de l’ébullition au sein de cette université. La période des examens approche, énormément d'étudiants sont présent sur place, les entretiens pour des stages s’enchaînent ... et de là s'extrais à la caméra ce sentiment de stress ambiant qui touche les personnages. Mais l'énervement et le dégoût d'une facette réaliste de la société entre vite en scène. Le personnage de Valérie, participant à un entretien d'embauche pour un stage dans le but de devenir ingénieurs dans l’aéronautique, se voit subir des réflexions sexistes de la part du recruteur. La surprise de celui-ci face à la volonté d'une femme voulant travailler dans ce milieu; des questions privé concernant sa volonté d'avoir un enfant et son aptitude à être tous le temps présente ... Valérie se voit dans l'obligation de mentir concernant ses projets maternels pour obtenir le poste, et une rage intérieur voit le jour face à ce mécanisme sexiste généralisé dans le monde professionnel.
Loin de cette ''agitation'' étudiante, il y'a le personnage de Marc Lépine ( Maxim Gaudette ), ou le tueur. Son monologue de début sur son dégoût des femmes, et de son acte qu'il qualifie de purement politique nous amènent à cerner les motivations du personnage. On suit ses errances dans le campus et chez-soi. Mais aussi ses questionnements dans la voiture, amplifié par les gros plans de Denis Villeneuve.
L’addition de tous ces sentiments avec la connaissance de la tuerie à venir dégage une certaine tension dans le long-métrage. Le temps est comme figer lorsque Jean-François tombe face à Guernica de Picasso. Les cris et la peur qui se dégage de cette toile, ne peuvent qu'annoncer la tempête à venir.

Le tueur, fusil à la main, est en face d'une porte de classe. En arrière fond, une pub représentant le pont de Montréal. Marc Lépine n'a plus qu'a le traversé pour arriver vers un acte irréversible. Le cours qui y est donné porte sur la transformation d'un système lorsque la pression extérieur est beaucoup trop forte. Une référence assez facile je vous l'accorde.
De là l'horreur et l'irréparable se produit. On le comprend , les femmes sont les principales prisent pour compte par la folie meurtrière de Marc Lépine. Les errances des personnages continuent, surtout celles de Jean-François et du tueur. Mais là, il n'y a plus personnes, si ce n'est des blessés et des corps sans vies. Les exécutions sommaires continuent, dans ce triste noir et blanc.

Mais Polytechnique continuent son récit avec l’après tuerie et le post-traumatisme des personnages. Que cela soit quelques minutes, ou des années après. Jean-François rentre de l'université avec le bus, du sang dans les mains. Il retrouve sa mère, on imagine des mois ou des années plus tard. Il retourne comme en enfance, coupe du bois et profite de se contact maternel rassurant, avant de repartir. L'horrible choc revient, il s’arrête prés d'un arbre à la vue panoramique magnifique, et se suicide.
Quant à Valérie, elle se réveille en pleine nuit des suites d'un cauchemar. Le choc est toujours là, mais l'amour et ses perspectives d'avenir réussies dans l’ingénieure, lui ont permis de continuer à vivre malgré les difficultés.

La mise en scène de Denis Villeneuve très appréciés pour son calme et son esthétisme, ne peut rester éternellement posé face au chaos ambiant. Il propose aussi à travers Polytechnique des plans assez originaux, comme celui de fin qui nous fais bien comprendre que le monde continue d'avancer, mais à l'envers. Le sexisme ambiant et la non-prise en charge des personnes en détresse psychologique, ne peut pas nous emmener vers un monde meilleur.

A travers deux personnages qui ne se connaissent pratiquement pas, si ce n'est quelques paroles échangées concernant la simple photocopie d'une feuille, Denis Villeneuve reconstitue la tuerie de l'Ecole polytechnique de Montréal. Malgré quelques signes symboliques peut-être trop appuyés, Polytechnique se démarque par son étude ne va pas se porter particulièrement sur l'ensemble d'une école et d'une ville meurtrie, mais sur ces deux personnages. Leurs vies avant, pendant et après les balles tirés. Ici il n'y a que peu de paroles, que des visages a jamais traumatisés.

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