Jugées responsables

Avis sur Polytechnique

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Ecole Polytechnique de Montréal. Dans une ambiance studieuse et bruyante, les élèves passent de cours en cours, de leur colloc aux salles d’études, ne s’attardant pas sur le parking enneigé. Filles comme garçons, ils ont un avenir en tête, un avenir bien précis. Mais certaines n’auront pas l’occasion de le réaliser, fauchées par la balle du fusil de l’un de leur camarade qui affirmait combattre le féminisme.
Comme Elephant et d’autres films avant lui, Polytechnique choisit de se pencher sur un fait divers de plus en plus fréquent aux Etats-Unis. La tuerie dont il est question eut lieu le 6 décembre 1989 et fit quatorze mort exclusivement féminines, et autant de blessés, hommes comme femmes.

Techniquement, Polytechnique est un long-métrage magnifique, même si on peut néanmoins questionner le choix du noir et blanc, qui plombe artificiellement l’atmosphère. (J’ai lu que Denis Villeneuve voulait éviter l’abondance de sang sur grand écran. Mais si ce choix préserve peut-être la sensibilité des familles de victimes et des survivants, il peut contribuer à donner un côté intellectuel au film, dénaturant les faits en leur ôtant leur côté concret, en les réduisant à une métaphore, à quelque chose d’irréel.)
Des plans audacieux jouent avec les perspectives, comme dans cette scène finale où le futur de l’enfant est matérialisé par cette rangée de néons au plafond, qui une fois retournée trace un chemin lumineux vers une possible réussite, chaque lampe franchie comme une marche.

Mais c’est dans son propos que Polytechnique me gêne.
Tout le long, sans chercher à comprendre les motivations de l’acte de l’étudiant (qui pourrait d’ailleurs prétendre les comprendre), le film propose une réflexion intéressante sur la condition des femmes dans les études et dans leur vie professionnelle à venir, et sur le regard portée sur leur émancipation de plus en plus prononcée dans notre société.
Il vise évidemment à prouver qu’elles sont aussi compétentes que les hommes, mais souligne aussi leur différence (comme dit le tireur citant un auteur que j’ai oublié, si on abolissait la distinction des sexes aux Jeux Olympiques, les femmes ne se distingueraient que dans les compétitions mettant en valeur la grâce). Jusque-là, plutôt d’accord.

Mais c’est la réplique finale qui a enlevé un point à ma note. L’héroïne principale explique que si elle a un garçon, elle lui enseignera « l’amour », et que si elle a une fille, elle lui apprendra que « le monde lui appartient ».
Or selon moi c’est cet enseignement individualiste, qui ne prend pas en compte l’autre, qui est en grande partie à l’origine des différences de traitement homme/femme.
M’est avis qu’avant toute chose qu’elle devrait aussi apprendre à sa fille à aimer.
Pour ne pas reproduire le schéma inverse.

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Elephant : http://www.senscritique.com/film/Elephant/critique/34916910

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