6 décembre 1989

Avis sur Polytechnique

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En 2009, pour son troisième film Denis Villeneuve met en scène un fait divers, la tuerie de l'école polytechnique de Montréal. Le récit est basé sur les témoignages des survivants et va suivre trois personnages, dont le tueur. C'est une oeuvre intense, angoissante et glacial, dont on ne ressort pas indemne.

Le 6 décembre 1989 à 17h10, débute la tuerie de l'école polytechnique de Montréal, elle va durer une vingtaine de minutes et quatorze jeunes femmes vont perdre la vie. Il y aura aussi quatorze blessés, dont quatre hommes. Le tueur; que nous ne nommerons pas, pour respecter le choix des auteurs de ne pas lui donner plus de notoriété; se suicidera sur le lieu du drame.

Pendant près d'1h17, Denis Villeneuve va mettre en images ce cauchemar éveillé. Dès les premières secondes, des coups de feu éclatent, deux femmes tombent à terre et d'autres fuient dans tout les sens. Puis on se retrouve dans la chambre du tueur, entrain de préparer son massacre. Son montage rend le film imprévisible, comme les réactions du tueur. On connait de suite ses motivations, tout comme son profil psychologique, du moins une partie.
Le réalisateur va nous préparer à se retrouver au cœur de la tuerie. On fait la connaissance de Valérie (Karine Vanasse), Stéphanie (Evelyne Brochu) et Jean-François (Sébastien Huberdeau), trois étudiants de Polytechnique. C'est une journée comme les autres, ils ont la tête dans leurs livres. Valérie passe un entretien pour un stage en aéronautique et se retrouve face à un misogyne. Au dehors, la neige tombe. Personne ne se doute des événements à venir, jusqu'à ce qu'il entre en scène.

Denis Villeneuve a fait le choix du noir et blanc, pour ne pas rendre le film plus sanglant, qu'il ne l'est déjà. A travers les divers choix, on sent l'envie de rendre hommage aux victimes, en évitant de sublimer cette tuerie. Le réalisme des faits, confère au film un côté documentaire. Il s'en tient aux événements, tout en évitant certains effets, en ne montrant pas les victimes. Il est souvent dans la suggestion et quand il montre, l'image devient flou. Il évite tout voyeurisme, en faisant preuve de sobriété. Il faut un peu de temps pour avoir l'impression d'être dans un film de Denis Villeneuve et quand cela arrive, on se retrouve la gorge noué.
Son cinéma est viscéral. Grâce au montage, on peut souffler un peu, sortir de l'école polytechnique et échapper au tueur. Ce n'est pas le cas des étudiants, qui se retrouvent dans sa ligne de mire. Mais l'angoisse reste présente, on est face aux victimes et ceux qui s'en sortent, vont en être marquer à vie. On oublie souvent les rescapés, ceux qui doivent vivre avec ce souvenir éprouvant. Quel est leur avenir ? En ont-ils vraiment un ? Comment vivre après ce drame ? Peut-on oublier la tuerie ?

En réalisant le film, vingt après le drame, ils ont pris assez de recul pour ne pas être dans l'émotion, mais dans le réalisme. C'est clinique et froid comme ce tueur déclamant à ses futures victimes et dans ses lettres "Je combats le féminisme, car elles sont responsables d'avoir ruiné ma vie". Son enfance peut expliquer son état psychologique, mais peu importe, les faits sont là. Il est impossible d'avoir la moindre compassion pour ce monstre. Il est seul responsable de ses actes, c'est lui qui appuie sur la gâchette, personne d'autre.
Au contraire, on est évidemment en empathie avec les étudiants, les familles et plus particulièrement Karine Vanasse et Sébastien Huberdeau. Ils ne sont pas mis en avant par hasard, ce sont deux destins différents, qui vont se jouer sur un détail. Si la tuerie est le sommet effroyable de l'histoire, ce sont les moments en dehors de l'école qui rende le film humain et tragique.

Le voyage dans le cinéma de Denis Villeneuve est aussi fascinant, qu'éprouvant. Chacune de ses œuvres montrent un visage sombre de l'homme. Sa mise en scène est déjà impressionnante, il maîtrise son art et évite les effets pour ne pas transformer son film en un exercice stylistique malvenu.

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