Au commencement était une voix...

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Au commencement était une voix, celle de Grant Mazzy (Stephen McHattie), chaude, profonde, radiophonique, s’essayant à la langue des oiseaux, langue ésotérique, cryptographique, apanage des complotistes de tous poils.

« Pont de Flaque. Colette, cela sonne comme « culotte ». Le mot français pour « panty ». Et « piscine » signifie « pool ». Panty pool. « Flaque » est également le mot français pour « pool »,* donc Colette Piscine, le français de Panty Pool, conduit sur le pont de Flaque, le Pont de Pool si vous voulez, pour éviter de percuter le chat de Mme French qui a disparu à Pontypool. Pontypool. Pontypool. Panty pool. Pont de Flaque.»

Or, cette introduction fait ici office de programme. C’est par la langue que se propage les idées et c’est par langue que les idées sont perverties, que la rumeur, les théories fumeuses et les idées complotistes se propagent. Cela, Grant Mazzy le sait et il l’utilise pour capter son audience. Il l’affirme d’ailleurs à sa productrice Sydney Briar (Lisa Houle), garante autant que faire ce peu de l’éthique journalistique, dans le premier tiers du film après avoir lancé en direct une nouvelle sur laquelle il aura largement brodé. Mais ce sont aussi les mots qui créent le réel et ce que Grant, en vieux routier des médias, croit maîtriser va lui exploser au visage. «… cela veut dire que quelque chose est sur le point d’arriver. Quelque chose d’énorme. Mais après tout, il y a toujours quelque chose qui est sur le point d’arriver…» dit-il à la fin de l’introduction.

Cette idée que la langue créé le réel est, de fait, au cœur du film. Son introduction se révèle alors prophétique et ce concept contamine le film à la fois dans la forme et dans le fond. C’est là la grande force du film. Les protagonistes sont contaminés par un virus

se transmettant par les mots

et le réel surgit pour le spectateur par le biais de dialogues, de témoignages téléphoniques, admirablement bien écrits. Ainsi le film réussit, malgré une petite baisse de régime au début du dernier acte, à se départir d’un budget sans doute minimaliste (1,5 millions de dollars d’après IMDB) tout en tenant les spectateurs en haleine de bout en bout.

« Kill is a kiss ».

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