Trans her in the dark

Avis sur Port Authority

Avatar Sergent Pepper
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Parmi la foule de 1er films présentés dans la section Un Certain Regard 2019, celui de l’américaine Danielle Lessovitz (déjà associée à l’écriture du lui aussi très social Mobile Homes de Vladimir de Fontenay, présenté à la Quinzaine 2017) a le mérite de tirer son épingle du jeu. Virée dans les bas-fonds de la jeunesse miséreuse, d’un New York poisseux qu’on tente de nous faire croire qu’il a cessé d’exister depuis l’avènement du XXIème siècle, Port Authority investit des espaces de l’ombre et fait surgir des silhouettes tout à fait singulières.

Un double portrait permet de dissocier deux types de ségrégations : celle du petit blanc, pour commencer, qui voit son rêve de monter sur la ville se fracasser sur le bitume, et qui vivote en intégrant un job qui s’adresse typiquement à la classe sociale il pouvait prétendre : déménageur pour mauvais payeurs, il déboule dans les appartements et les vide, se faisant un maigre salaire qui permet aux riches de voir les pauvres se dévorer entre eux. La tentative d’intégrer l’appartement de sa sœur, symbole d’une intégration possible, accentuera le clivage social des logés et des autres, lui qui doit se borner à un foyer où ses compagnons et collègues l’entrainent dans la violence quotidienne.

S’ouvre alors à lui un nouveau monde, univers nocturne des soirées trans et queer, où l’on pratique le voguing : lieu libertaire où la danse, les défilés et les déguisements permettent de s’approprier, même de force, l’espace environnant.
La rencontre est électrique, et l’atmosphère bien rendue : dans cet outre-monde, Paul pense pouvoir trouver une famille d’adoption, qui ne se laisser pourtant pas facilement intégrer. C’est à force de persuasion et de quelques supercheries (comme ce squat dans l’appartement de sa sœur, qu’il prétend être le sien) qu’il parvient à ses fins : en réalité, Paul cache davantage à Wye qu’elle ne le fait à son encontre, aussi identitaire soit son secret. En découle une alchimie taiseuse qui laisse espérer une rédemption, mais qui va évidemment se heurter à la rencontre fracassante de deux univers incompatibles. Les ressorts assez mécaniques du scénario (sévices d’une communauté sur l’autre, inévitable vidage de l’appartement des nouveaux amis par Paul et sa bande) alourdissent un récit qui cède le pas au romanesque, quand la tonalité documentaire caméra à l’épaule dominait jusque-là.

Cette maladresse d’écriture n’occulte cependant pas la vraie force du film, qui tient dans la sincérité avec laquelle elle traite d’une histoire d’amour sans jamais faire dans la question du genre une cristallisation tragique (façon The Crying Game), lui préférant la danse et le sens de la collectivité dans l’intégration visuelle d’une communauté qui construit un folklore et une identité tout à fait authentique et sincère, à l’écart de la norme stérile du monde.

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