Un film sans "il" mais sur une "île"

Avis sur Portrait de la jeune fille en feu

Avatar iori
Critique publiée par le

Le désir qui habite ce film, c’est d’abord le nôtre: celui de plonger dans une autre époque, de visiter des lieux, d’entendre crépiter un feu de cheminée, un parquet qui grince, du vent dans les volets.
C’est aussi l’impatience qu’on partage avec Marianne quand elle attend sa première rencontre avec Héloïse: le suspens est entretenu: un portrait inachevé, des avis qui brossent la personnalité du modèle, puis on pense tenir la première rencontre quand ce n’est que sa robe qu’on amène à la peintre, une robe verte, couleur de l’espoir.
Et puis une fois qu’on a enfin découvert Héloïse (disons plutôt que c’est le vent qui l’a découverte), on voit naître le double désir: celui de la peintre qui essaie de saisir les traits de son modèle ignorant, et la curiosité dudit modèle pour la brune qui l’observe en secret.
Le jeu de séduction entre les deux femmes épouse les formes du jeu du film avec son public: nous aussi nous sommes dans l’échange, dans une relation où on regarde l’objet du désir (le film) qui nous jette des œillades pour nous montrer qu’il nous a vus, qu’il ne nous oublie pas.

Le début du film est splendide de maitrise et cette attente de la confrontation est un délice, comme le seront ensuite les échanges entre Marianne et Héloïse.

Parce qu’elle maîtrise à la fois son cadre et ses couleurs, Céline Sciamma nous offre un joli portrait, celui dont on fait les plus belles histoires: des romances limitées dans le temps, qui naissent et prennent fin dans le même film, des amours contrariées qu’on retiendra, dont on sait qu’il n’y aura pas de lassitude, pas de lendemains déçus, pas de perte d’allant.

Voilà de la belle ouvrage: qui prend le prétexte de la réalisation d’un portrait pour dresser celui de trois femmes qui l’espace d’un instant, seules au monde vivent dans une sorte de microcosme.
Le genre de parenthèse enchantée dont les œuvres de fiction ont le secret, qui donnent aux histoires racontées une ampleur supplémentaire, un côté absolu.

C'est exactement le genre de films historico romantique qui marque l'esprit pendant longtemps et vers lequel on appréciera de se replonger à l'occasion.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 295 fois
8 apprécient

Autres actions de iori Portrait de la jeune fille en feu