Certes un peu lent et long, ce portrait reste visuellement sublime et d'une grande grâce dans le réc

Avis sur Portrait de la jeune fille en feu

Avatar Rémy Fiers
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Que l’on aime ou pas le nouveau film de Céline Sciamma, il fait clairement rentrer la cinéaste dans le cercle des grands metteurs en scène du cinéma français. Car « Portrait de la jeune fille en feu », c’est du grand cinéma. Très classique certes, académique même diront les grincheux, mais du cinéma avec un grand C, du point de vue visuel comme narratif. Avec ce quatrième film elle retrouve celle qu’elle a révélé douze ans plus tôt avec « Naissance des pieuvres », Adèle Haenel, dont la carrière a bien décollé depuis. Une sorte de boucle artistique entre une réalisatrice et son actrice qui se boucle. Ici et de prime abord, rien à voir avec les précédentes œuvres très contemporaines de Sciamma comme « Bande de filles ». La femme, la féminité et sa sexualité sont toujours au centre des préoccupations de la cinéaste mais sous une toute autre forme, projetée au XVIIIème siècle cette fois. Ce qui lui permet de signer visuellement son plus beau film, une magnificence pour les yeux de chaque instant.

En effet, chaque plan est soigneusement travaillé et s’apparente à un tableau qu’il soit chaleureux et dépeigne la langueur de corps qui s’enlacent (sans voyeurisme aucun) ou terriblement froid et austère quand il se focalise sur les falaises venteuses de Bretagne ou les intérieurs d’un manoir. Le cadrage est millimétré, tout comme les couleurs et les textures avec un superbe travail sur la photographie. Et cet aspect formel très léché est tout à fait en adéquation avec le sujet de base du film qui est celui d’une peintre devant faire le portrait d’une jeune fille sortant du couvent sans qu’elle le sache. Nos yeux se souviendront longtemps de la séquence du feu sur la plage, de celle de l’avortement ou encore de celle de l’autoportrait, de véritables peintures à l’ancienne des plus grands maîtres que le septième art aurait permis d’animer. D’ailleurs, il est vraiment illogique que le film ait reçu le Prix du scénario à Cannes plutôt que celui de la mise en scène… On apprécie également la manière dont le script représente la montée du désir entre ces deux femmes. On n’avait pas vu pareille romance gay, cette fois à la sauce féminine, depuis le chef-d’œuvre « Call me by your name ». D’ailleurs le dernier plan, déchirant, fait totalement écho au film de Guadagnino. Adèle Haenel y est impressionnante dans une version passée et féminine de Chalamet qui revit son amour de jeunesse au son d’une musique entre larmes et nostalgie.

Après « Portrait de la jeune fille en feu » souffre de quelques scories qui n’empêchent cependant d’y adhérer totalement. Outre une posture de film d’auteur français pur jus clairement assumée, il faut avouer que le film est très lent. Trop lent. Et que sa durée de deux heures apparaît parfois un peu trop longue. Mais il semble que c’est le prix à payer pour se laisser couler dans cette romance qui prend du temps à éclore. Mais qui le fait avec une acuité et une délicatesse rare, portée par ses deux actrices en état de grâce. On ne comprend pas trop non plus l’absence de thème musical pour envelopper « Portrait de la jeune fille en feu » (quel beau titre !). Il y avait là moyen de grandes compositions mais la cinéaste a fait le choix de l’épure totale et ce sur tous les plans. Néanmoins la beauté formelle du long-métrage et celle de l’amour qu’il met en scène emportent tout sur leur passage. Le souci du détail est partout, de la moindre expression des actrices au moindre accessoire avec de nombreux symboles à interpréter. Un film de femmes sans être excessivement féministe qui fera date et qui, s’il n’apparaît pas inoubliable au premier abord, pourrait faire date dans le cinéma français et devenir un classique avec le temps.

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